Louise est morte. Simenon écrivait dans La patience de Maigret : « C’est ainsi que le commissaire avait réussi la plupart de ses enquêtes : en montant les escaliers, en reniflant dans les coins, en bavardant à gauche et à droite, en posant des questions futiles en apparence, en passant des heures dans des bistrots parfois peu recommandables. » C’est également comme ça que Philippe Jaenada, l’air de rien, matois, furetant dans les contre-allées de la mémoire, a écrit la majorité de ses plus grands (et invariablement épais) livres, de Sulak à La serpe (Julliard, 2013 et 2017) en passant par Au printemps des monstres (Mialet-Barrault, 2021). Pour fêter son arrivée en cette rentrée sous les couleurs de la maison Flammarion, Jaenada, qui a du savoir-vivre, n’est pas venu les mains vides, mais avec un « roman vrai », admirable dans son exécution comme dans ce qu’il trahit chez son auteur d’obsession fructueuse, L’inconnue du quai de Javel. Ce serait donc, comme souvent avec Jaenada, l’histoire d’une jeune morte. Une jeune femme retrouvée assassinée quai de Javel donc, le 6 septembre 1949. Elle s’appelait Louise Cansot, était l’un des modèles préférés des peintres de Montparnasse, vivait à l’hôtel et menait une existence plutôt mystérieuse. Le policier en charge de l’affaire ne manque rapidement pas de suspects, mais plutôt de l’essentiel des talents nécessaires à la résolution du crime… Et six mois après la commission des faits, l’affaire est classée.
Jusqu’à ce que, soixante-seize ans plus tard, telle la cavalerie dans les westerns, Philippe Jaenada n’arrive. Plus que jamais, il est la providence, un rien gouailleuse et acharnée à traquer la vérité, des innocents et des victimes oubliées. Subjugué cette fois-ci par l’atmosphère simenonienne de cette affaire, il entreprend, parmi d’autres éléments d’enquête, de relire tous les Maigret. Comme l’illustre commissaire, il donne de sa personne, arpente les lieux du crime comme ceux de la vie de Louise Cansot (notamment ceux de son enfance dans la petite ville bretonne de Tréguier), exhume tous les documents afférents. Et peu à peu, c’est non seulement un coupable possible qu’il finira par révéler, mais aussi et sans doute surtout, le visage enfin retrouvé d’une femme dont il protège la mémoire. Philippe Jaenada n’a pas peur des fantômes ; il sait que parfois, ils sont adorables.
Philippe JaenadaL’inconnue du quai de JavelFlammarionTirage: 35 000 ex.Prix: 23 € ; 528 p.ISBN: 9782080490896
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