Comment expliquer le succès du jeu ?
Pragmata s’inscrit dans la lignée des jeux qui attirent les joueurs aux goûts les plus douteux ; s’il ne s’agit pas du seul opus sorti par Capcom en 2026, c’est celui-ci qui a la préférence des fans les moins recommandables.
Que s’est-il passé exactement ?
Un premier signal d’alerte est apparu en février. La communauté Reddit consacrée au jeu se fracture ; une partie des fans s’emploie à poster, de manière intempestive, selon les termes d’un modérateur, des “commentaires, blagues ou contenus à caractère sexuel” au sujet de Diana, androïde à l’effigie d’une fillette de six ans. Le subreddit incriminé est fermé, mais on trouve toujours des publications épouvantables sur des plateformes telles que X, dont les normes de modération sont délibérément faibles. Certes, ces contenus proviennent d’une minorité de joueurs, mais cette minorité fait beaucoup de bruit et entend bien instrumentaliser la popularité de Pragmata pour défendre toutes sortes de causes indéfendables – par exemple, en détournant l’affection des streamers vers des discours issus de la propagande pro-nataliste.
Quel rapport avec le jeu ?
Aucun. La relation entre Hugh Williams et Diana est saine. Mais il faut reconnaître que Capcom aurait pu se montrer plus prudent. Un mème effrayant est ressorti à l’occasion d’un partenariat entre Capcom et Twitch, qui a ravivé les penchants les plus sordides de certains fans. Tout cela est d’autant plus compliqué que Diana n’est pas véritablement une petite fille mais une IA conçue pour ressembler à une petite fille, avec quelques détails qui auraient pu être abandonnés au fil du développement du jeu – par exemple, le fait que Diana est toujours “pieds nus” parce que sa batterie est rechargée par le sol de la base lunaire.
Cette controverse “casse-t-elle” le jeu ?
Pas selon moi, mais je ne peux pas vraiment discuter avec quelqu’un qui ne peut pas faire abstraction de tout ce tapage et apprécier ce que Pragmata pour ce qu’il est.
L’aspect le plus déprimant de cette controverse autour du jeu est sans doute qu’elle montre qui a le droit de fixer les termes de la conversation. Il y a beaucoup d’autres choses plus intéressantes à dire sur ce jeu, mais c’est le pire qui l’emporte.
Mieux encore, ce scandale pourrait nous inciter à suivre la véritable leçon que nous enseigne Pragmata : à l’heure où la technologie s’immisce dans toutes les dimensions de nos vies, la meilleure chose à faire est peut-être de s’en détourner et d’apprécier le jeu, tout simplement.
Article initialement publié sur GQ US
Source:
www.gqmagazine.fr



