À 10h, ce 1er juillet 2026 (heure de Londres), le grand public britannique pourra commencer à acheter ses billets pour aller à partir du 10 septembre prochain et jusqu’au 17 juillet 2027, admirer la tapisserie de Bayeux au British Museum de Londres. C’est l’occasion de se demander, en toute bonne foi – bien sûr – s’il fallait prêter cet inestimable joyau brodé aux Anglais…
La réponse courte, c’est « non ». Et pour de nombreuses raisons. La première c’est pour la sauvegarde et la conservation de la tapisserie de Bayeux. Tous les spécialistes l’ont dit, il est dangereux pour son intégrité de transporter une œuvre en broderie de laine sur du tissu de lin, âgée de quasiment dix siècles, mesurant 68 mètres de long sur 50 cm de haut et pesant près de 350 kilos. C’est d’ailleurs pour cela que le prêt a été retardé de cinq ans. Elle était en trop mauvais état pour être transportée et il a fallu la restaurer avant.
Gage de bonne foi
Mais Emmanuel Macron a tenu à aller au bout de son idée. Pour des raisons essentiellement diplomatiques. Au moment de l’annonce en 2018, la France et le Royaume-Uni étaient en pleine négociations sur la frontière transmanche à la suite du vote en faveur du Brexit dont on vient de commémorer le dixième anniversaire. Et ces négociations, elles n’étaient pas faciles. C’est donc un gage de bonne foi et une volonté de tenir une promesse qui a conduit le président français à aller jusqu’au bout, malgré les protestations et les avertissements venus de partout. Enfin, maintenant c’est fait et ça a d’ailleurs été fait discrètement pour éviter les récalcitrances.
Frises du Parthénon
La tapisserie doit être restituée en 2027. C’est prévu. D’ailleurs des œuvres qui voyagent d’un pays à l’autre entre musées, c’est quelque chose qui arrive tous les jours et qui est très encadré juridiquement. Seulement voilà, c’est l’Angleterre. Et contrairement au football, elle a un palmarès très étoffé en matière de non restitution d’œuvres. Rien qu’au British Museum, il y la pierre de Rosette qui a permis de comprendre les hiéroglyphes. Il y a peut-être surtout les frises du Parthénon, dérobées par Lord Elgin en 1801. À Londres on les appelle d’ailleurs marbres d’Elgin et on résiste depuis plus de deux siècles à toutes les demandes grecques de les rendre. Pendant longtemps, l’argument c’était que la Grèce ne disposait pas des moyens économiques et muséographiques de conserver ces frises. Sauf que depuis, il y a au pied de l’Acropole un extraordinaire musée, un des plus beaux d’Europe, fait pour les accueillir avec des tas d’emplacements vides qui précisent que les pièces originales sont à Londres.
Perfidie
C’est un peu la même chose en France et au Louvre, sauf que c’est différent. La France s’est elle dotée d’une loi pour restituer les œuvres dérobées, notamment africaines au mois de mai 2026. Et d’ailleurs certains fragments du Parthénon sont concernés. En revanche, Michael Olise, qui est né en Angleterre, ne sera jamais restitué. Enfin il faut rappeler ce qu’est la tapisserie de Bayeux. C’est, en broderie, il n’y a même pas besoin de savoir lire, l’histoire de Guillaume le Bâtard qui part de Normandie pour conquérir l’Angleterre. Il le dernier à avoir réussi cet exploit. Au passage à Hastings il fait payer sa perfidie à Harold d’une flèche au dessus de l’oeil droit. Perfidie parce qu’il avait promis son soutien à Guillaume pour ses prétentions au trône d’Angleterre avant de trahir sa promesse. C’était en 1066 et c’est l’exact point de départ, l’acte de naissance de 940 ans de relations tumultueuses entre Français et Anglais. Cela devrait inciter à une certaine prudence. En tout cas pas à la confiance.
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Source:
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