PolitiqueHistoire politiqueQuartiers populaires, tenir, lutter, transmettre 3/4 : 2005-2023... et après ?

Quartiers populaires, tenir, lutter, transmettre 3/4 : 2005-2023… et après ?

Depuis 2003 et le plan Borloo, les pouvoirs publics ont privilégié un investissement massif dans la rénovation urbaine. L’objectif était alors clair : pacifier les quartiers prioritaires par le levier de la mixité sociale, tout en facilitant l’intervention des forces de police au pied des grands ensembles. Pendant plus d’une décennie, l’État a abondé a renforcé les budgets consacrés à la transformation urbaine, sans s’appuyer sur les collectifs des quartiers populaires premiers experts de leur conditions de vie.

Mais 2023 marque une rupture. Les annonces budgétaires se font rares et la réponse publique se recentre désormais sur un registre principalement pénal. Comme le souligne le sociologue Renaud Epstein, « En 2005, le programme de rénovation urbaine a vu ses ressources abonder de façon spectaculaire. Les émeutes, ça payait. En 2023, les seules annonces gouvernementales ont été le renforcement de la répression et la pénalisation des comportements. On est passé de 400 condamnations fermes en 2005 à près de 2 000 en 2023. Clairement, les émeutes ne payent plus. » Les chiffres illustrent en effet ce basculement : là où les émeutes de 2005 avaient conduit à environ 400 condamnations à des peines de prison ferme, celles de 2023 en comptabilisent près de 2 000.

Pourtant, en vingt ans, les jeunes des quartiers ont aussi appris à retourner les viseurs. Les caméras des journaux, longtemps braquées sur les images de voitures brûlées, se voient désormais contestées. Ils n’étaient jusqu’alors qu’une forme indistincte, décrite par des mots anesthésiants comme « une flambée de violences ».

Comme le souligne Farid Bennai, ces jeunes sont des personnes pas des chiffres et elles disposent d’un répertoire d’action précis : « Je vois des jeunes brûler des voitures… pour eux, c’était du feu. Parce qu’on a l’impression de faire quelque chose qui se voit ; nous, on ne nous voit pas. » Aujourd’hui, les regards se déplacent vers ceux qui documentent la réalité à la source et de façon indépendante. Ils sont désormais acteurs de leurs propres récits, outillés de leurs smartphones. »

Avec

Fatima Ouassak, auteure et fondatrice du Front des mèresFarid Bennai, éducateur et militant associatif, politiste, spécialiste des politiques de la ville et de la rénovation urbaine.Saïd Bouamama, sociologue indépendantMohammed Mechmache , Militant associatifMickael Chelal, sociologueRenaud Epstein, sociologue des politiques urbaines et de la rénovation des quartiers populaire

Bibliographie

Talpin, Julien · La colère des quartiers populaires · s. éd. · 2024Kokoreff, Michel · La diagonale de la rage · Éditions Divergences · 2016Ouassak, Fatima · La puissance des mères · Éditions La Découverte · 2020Bourdon, Gwenaël · Zyed et Bouna · Éditions Don Quichotte · 2015Slaouti, Omar ; Le Cour Grandmaison, Olivier · Racismes de France · Éditions La Découverte · 2020


Source:

www.radiofrance.fr

Articles récents

spot_img

Articles récents

Annonce publicitairespot_imgspot_img

Quartiers populaires, tenir, lutter, transmettre 4/4 : Comment s'en sortir ?

À Marseille, la lutte des salariés du McDonald’s de Saint-Barthélemy a transformé un fast-food en « fast-food social » : l’Après M. Dans ce quartier frappé...

Il a révolutionné le bowling en lançant la boule… à deux mains

Comparé à Tiger Woods, qui a révolutionné l’univers feutré du golf, Jason Belmonte est...

Détroit d'Ormuz : hésitations américaines, tour de vis iranien aux dépens de milliers de marins

Hier, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a préféré prendre les devants en annonçant la fin de la phase offensive du conflit...