En 2020, Reporters sans frontières (RSF), ONG dévouée à la liberté de l’information et à la sécurité des journalistes dans le monde entier, a décidé de braver la censure de la presse d’une manière inédite : sur un jeu vidéo. RSF a créé sur le jeu vidéo le plus vendu au monde, Minecraft, son propre univers : The Uncensored Library, « La bibliothèque non censurée » en français. Un lieu virtuel, où les articles, interviews, enquêtes, reportages censurés dans des pays où le droit de presse est au plus bas, sont en accès libre. Et ce, pour n’importe qui, et surtout, de n’importe où, même dans ces régions dangereuses pour les journalistes.
On débarque sur une île isolée en mer où trône un bâtiment impressionnant. Il ressemble au Grand Palais à Paris. Ou au Bundestag, le Parlement allemand. Des colonnes, des balcons, un énorme dôme. Tout autour, des jardins avec des fontaines dans les allées. Et devant l’entrée principale, une gigantesque statue. Maren Pfalzgraf est responsable Amérique de Reporters sans frontières : « C’est un poing fermé qui tient un stylo. Ça représente le journalisme indépendant, la liberté de la presse. »
« Au milieu, il y a la statue de la Liberté qui pleure »
Puis on entre dans la rotonde. Au sol, la carte de la terre avec ce dicton : « Truth finds a way », « La vérité finit toujours par triompher » en français. Au plafond, la coupole en verre illumine des drapeaux du monde entier. Le bâtiment est composé d’une douzaine d’autres salles. Chacune est dédiée à un pays où le droit de la presse est au plus bas : Biélorussie, Égypte, Vietnam… Mais en mars dernier, une salle particulière a ouvert, celle des États-Unis. « Au milieu, il y a la statue de la Liberté qui pleure, elle se noie dans cette piscine de larmes qui s’est formée autour d’elle », décrit Maren Pfalzgraf.
Alors pourquoi les États-Unis ? C’est pourtant un pays démocratique. Le droit de la presse devrait y être respecté. Selon Maren Pfalzgraf de Reporters sans frontières, la situation a bien changé. « Ça peut surprendre que les États-Unis figurent à côté de l’Érythrée, de l’Iran, ou de l’Arabie saoudite. C’est le but. On ne dit pas que la situation est similaire à ces pays. Mais la censure aux États-Unis n’est pas directe. C’est plus subtil, ces méthodes du gouvernement, pour attaquer la liberté de l’information. »
Car depuis le retour de Donald Trump au pouvoir début 2025, les pressions sur les journalistes aux États-Unis s’accumulent. Pendant les manifestations contre la police de l’immigration ICE en début d’année, des journalistes ont été agressés, puis arrêtés et détenus. Ce n’est pas le seul exemple.
« Les domiciles de journalistes du Washington Post ont été perquisitionnés. Trump poursuit en justice les médias pour les intimider à la suite de leurs enquêtes sur lui et son entourage. Le gouvernement restreint l’accès à l’information d’intérêt public, supprime des sites de l’État, choisit quels médias peuvent assister aux conférences de presse. La situation empire vraiment. »
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Plus d’un million d’utilisateurs depuis son ouverture en 2020
Il était donc nécessaire pour RSF de faire des États-Unis un pays à surveiller depuis cette bibliothèque. Parmi les ouvrages consultables dans cette salle du bâtiment virtuel, il y en a un qui sort du lot, raconte Maren Pfalzgraf. « C’est le premier dessin de presse dans la librairie. Il a été fait par Ann Telnaes. Elle était caricaturiste au Washington Post. Le dessin illustre le patron du journal, le milliardaire Jeff Bezos, agenouillé devant Donald Trump. On a décidé de le représenter parce que le Washington Post avait refusé d’imprimer le dessin dans ses colonnes. »
Refuser d’imprimer, par crainte de froisser le propriétaire. La dessinatrice avait alors décidé de quitter la rédaction. D’autres textes, photos, journalistes seront ajoutés à l’avenir dans cette bibliothèque. Depuis son ouverture en 2020, elle a été visitée par plus d’un million d’utilisateurs et ses ouvrages ont été consultés plus de 10 millions de fois.
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Source:
www.rfi.fr



