Le devenir culte d’un film tient parfois à peu de choses. Un visage d’acteur, une réplique ou la simple utilisation, au bon endroit, au bon moment, de la bonne chanson qui change toute l’atmosphère d’une scène et l’installe à tout jamais dans l’inconscient collectif. Drive de Nicolas Winding Refn, qui fêtera cette année les quinze ans de sa sortie, a la chance d’être un très bon film. Certains regrettent sa lenteur ou le mutisme de Ryan Gosling, qui incarne un énigmatique cascadeur/chauffeur pour braqueurs, pendant une bonne partie du long-métrage mais il est difficile de ne pas être charmé par le style et la sensibilité qui se dégagent de chacune des images.
Ceux qui se souviennent l’avoir découvert en salle à l’automne 2011 n’ont pas oublié la course-poursuite ultra-tendue et magistralement mise en scène par Nicolas Winding Refn qui introduit le film, et encore moins le générique qui suit. Dans un Los Angeles nocturne et inquiétant, Ryan Gosling roule à bord de sa Chevrolet Malibu, ne regardant rien d’autre que cette route qui le porte jusqu’à son sinistre appartement. C’est un montage d’une grande banalité dans un thriller de ce genre mais qui fonctionne merveilleusement bien grâce à l’intervention d’un ingrédient très spécial : l’emploi de la chanson “Nightcall” de Kavinsky.
La bande-originale de Drive est l’une des très grandes forces du film et ce qui lui a en partie permis de devenir un film emblématique pour une génération de spectateurs. De la même manière que “Take My Breath Away” dans Top Gun ou “You Never Can Tell” pour Pulp Fiction, “Nightcall” est le morceau phare de Drive. Lorsqu’il passe à la radio ou surgit par hasard sur une plateforme de streaming, le film apparaît immédiatement dans nos esprits et l’on rêve à nouveau d’enfiler le blouson frappé d’un scorpion dans le dos que Ryan Gosling arbore pendant ses errances automobiles.
Avec son synthé hypnotique et sa boîte à rythme musclée, la chanson, interprétée en duo avec Lovefoxxx du groupe brésilien CSS, a ce charme rétro qui permet d’identifier immédiatement les influences de Kavinsky et de Nicolas Winding Refn : si vous aimez Le Solitaire de Michael Mann, American Gigolo de Paul Schrader ou Lost Highway de David Lynch, vous êtes à bord du bon véhicule. Los Angeles n’est plus une ville, mais une idée, l’incarnation en béton et en gratte-ciels vitrés du vice et de la quête de puissance. Le soleil est couché, les vampires et les coyotes sont de sortie.
Source:
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