ScienceUn nouveau virus bovin circule en Europe

Un nouveau virus bovin circule en Europe

Un nouveau virus bovin de la famille des orthobunyavirus a été identifié en France, en Suisse et en Allemagne après plusieurs cas de fièvre et de diarrhée chez des vaches. Transmis par de petits insectes piqueurs, ce virus de type Shamonda n’est pas dangereux pour l’être humain ni pour la consommation de lait. Son impact reste limité à ce stade, malgré des baisses temporaires de production laitière et une possible influence sur la reproduction des animaux. Jean-Luc Guérin, professeur à l’École nationale vétérinaire de Toulouse et chercheur à l’Inrae, explique ce que l’on sait de cette nouvelle maladie.

Comment est apparu le virus ?

C’est un phénomène qui s’est installé progressivement pendant plusieurs semaines. Il sera difficile de retracer précisément son origine, mais le virus semble s’être développé dans l’est de la France, notamment dans les Alpes, au cours du mois de juillet, avant de circuler en Suisse et dans le sud de l’Allemagne.

Cette zone est particulièrement tournée vers l’élevage laitier, avec des éleveurs très attentifs à l’état de santé de leurs animaux. L’an dernier, à la même période, ils avaient déjà été confrontés à la dermatose nodulaire contagieuse et à ses conséquences importantes. Cette expérience a renforcé leur vigilance et a probablement facilité la détection rapide des premiers cas.

Lire aussi Qu’est-ce que la dermatose nodulaire contagieuse, cette maladie qui inquiète les éleveurs ?

Les fortes chaleurs ont toutefois constitué un élément de confusion, car elles peuvent elles aussi entraîner une baisse de la production de lait.

Ce virus ne semble pas correspondre à une souche ayant circulé à l’échelle internationale et déjà identifiée dans les bases de données génétiques. Il serait transmis par de petits moucherons, qui ont peut-être bénéficié de conditions climatiques particulièrement favorables.

La détection a nécessité un important travail de collaboration avec les vétérinaires afin d’identifier les bons animaux et de réaliser les prélèvements adaptés. Les baisses de production observées restent temporaires : elles durent généralement quelques jours, avant un retour à la normale. À ce stade, le virus ne semble pas provoquer de formes graves chez les animaux.

Nous sommes aujourd’hui fortement sollicités et allons procéder à des analyses dans plusieurs dizaines d’élevages afin de mieux comprendre la circulation de ce virus.

Comment le virus a-t-il été identifié ?

À partir des échantillons reçus il y a une semaine, nous avons identifié, à la fin de la semaine dernière, un virus proche du virus de Schmallenberg, bien connu dans la filière bovine depuis son apparition en Europe en 2011. Il appartient à la famille des orthobunyavirus.

Pour l’identifier, nous avons utilisé une approche de métagénomique, une méthode qui permet de séquencer massivement des échantillons afin de détecter d’éventuels agents infectieux inconnus.

Ces dernières années, les progrès technologiques ont considérablement amélioré nos capacités de détection. Nous disposons désormais d’outils et de laboratoires capables d’analyser rapidement des situations d’émergence de maladies inattendues et d’obtenir des résultats en quelques jours.

Ce week-end, nous avons confirmé la présence du virus en parallèle avec nos collègues allemands et suisses. Entre le diagnostic initial et l’obtention des séquences génétiques complètes, ensuite partagées à l’échelle européenne, seuls quelques jours se sont écoulés.

La réactivité est donc très importante : dès la semaine prochaine, des solutions de diagnostic seront déployées dans les laboratoires de terrain des différents départements. Un important effort de recherche est également en cours pour partager les connaissances et mieux comprendre ce virus à l’échelle européenne.

Quelles sont les prochaines étapes ?

La prise en charge reste relativement simple, car les signes cliniques observés sont modérés. Comme il s’agit d’une maladie virale, les traitements sont essentiellement symptomatiques, avec notamment l’utilisation d’anti-inflammatoires lorsque cela est nécessaire.

Il faudra désormais suivre attentivement les éventuels effets du virus sur la reproduction des animaux, notamment les risques d’avortements ou de malformations fœtales.

Les travaux de recherche menés par les entreprises spécialisées dans le développement de vaccins ont déjà commencé, mais la mise au point d’une solution prendra plusieurs mois.

Il faut rester vigilant : il existe bien un phénomène observé sur le terrain qui nécessite d’informer les éleveurs et de poursuivre la surveillance. Mais il n’y a pas de raison de céder à la panique.


Source:

www.sciencesetavenir.fr

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