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Villepin, chevalier déchu

La France est une branloire pérenne où, croyant s’envoler, l’homme tremblote autour de ses petites manies jusqu’à ce qu’il finisse par déchoir. Et si « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences dont ils chérissent les causes », il n’y a rien – en dehors de lui-même – que Dominique de Villepin ne chérisse plus que l’argent. Le voilà désormais terrassé par l’amour des œuvres, en général. Et quand d’aucuns considéreraient le don de deux statuettes de Bonaparte comme une preuve de sa corruption, Villepin n’y voit qu’une offrande à la grandeur de deux hommes, l’un par l’immensité de l’empreinte qu’il laisse, l’autre par la taille.

Sa passion pour lui-même et le bronze bien coulé s’élèverait à 125 000 euros, réglés par le dictateur burkinabé Blaise Compaoré et par un homme d’affaires italien. Ce geste – loin d’être symbolique – s’apparente aujourd’hui à ce que le commun des mortels désignerait comme deux bonnes grosses commissions, quand Villepin relativise l’obole en regard des presque 3 millions d’euros de la vente de ses manuscrits originaux, réalisée en 2013 à l’hôtel Drouot.

Pas grand-chose non plus comparé à la douzaine de millions d’euros provenant de la Françafrique et que l’avocat Robert Bourgi affirme avoir fait transiter par l’intermédiaire de Dominique de Villepin vers ce que l’on appelait la « chiraquie » et qui aurait été versée entre 1997 et 2005. Parfois en petites coupures, de cinq à dix dollars, dissimulées dans des djembés (l’art toujours) livrés jusque dans la – bien mal nommée – cour « d’honneur » de l’Élysée ! Voilà de quoi ridiculiser à jamais la manie du candidat Fillon pour les costumes sur mesure et sans factures, les quelques malheureux homards servis à la table de François de Rugy, et que dire du prêt, sans aucun intérêt, remboursé par le regretté Pierre Bérégovoy.

La balle est dans le camp de l’opinion

Reste à savoir si, du haut de son cheval, Villepin a conscience du caractère tout à fait immoral de ces pratiques, en dehors du fait qu’elles sont parfaitement illégales ? Craint-il toujours – comme le révèle Le Parisien – qu’un magistrat, je cite, « lui mette le doigt au cul » ? Peu importe, la balle est dans le camp de l’opinion, et des prochains sondages, pour savoir si les Français voient aujourd’hui dans cette souplesse d’esprit à l’égard des principes et du droit une qualité pour exercer les plus hautes fonctions de l’État ou si l’amateur de djembés fourrés à la petite coupure doit descendre de son destrier de campagne et retourner à ses lucratives affaires.

Un vol plané spectaculaire pour celui qui occupe une position insolite dans cette période de précampagne présidentielle. Celle d’un pilier du RPR, cheville ouvrière de ce que la Françafrique a commis de pire mais dont la détestation d’Israël a fait l’égérie des mélenchonistes. Ce qui prouve une fois de plus la capacité des Juifs à créer du lien et celle de l’extrême gauche antisémite à chanter les louanges de l’inventeur du CPE (contrat première embauche), une des réformes qu’ils ont certainement le plus vivement combattue.

En tout état de cause, Villepin vient de se faire tailler un costume sur mesure par Robert Bourgi, au moment pile où il tentait de nous faire oublier ce qu’il n’a jamais cessé d’être : l’homme d’un seul discours et de deux statuettes en bronze.


Source:

www.lepoint.fr

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