Remonter sa généalogie sur quelques siècles est déjà un exploit. Le record absolu revient au philosophe chinois Confucius, dont l’arbre familial déploie plus de 80 générations sur près de 3 000 ans. Mais, à l’échelle de l’espèce, l’affaire prend une tout autre ampleur : Homo sapiens existe depuis environ 300 000 ans, d’après les plus anciens fossiles connus.
Combien de générations cela représente-t-il vraiment ? Pour le savoir, il faut connaître deux ingrédients, l’ancienneté de notre espèce et la durée d’une génération, comme l’explique Matthew Hahn, généticien des populations à l’université d’Indiana à Bloomington.
Qu’est-ce qu’une « génération » ?
Le calcul paraît simple : il suffit de diviser l’âge de l’espèce par la durée d’une génération, aussi appelée intervalle générationnel. Encore faut-il définir ce dernier. Il correspond à l’âge moyen auquel les humains ont des enfants, précise Matthew Hahn. Il tend à être plus long chez les hommes que chez les femmes, car les premiers peuvent procréer plus tard dans la vie.
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Le hic, c’est qu’il existe quantité d’estimations de cet intervalle, chacune débouchant sur un résultat différent. Une étude de 2003 portant sur les Islandais, qui s’appuyait sur les registres particulièrement détaillés du pays, a établi une moyenne de 30,3 ans sur les trois derniers siècles. Une autre, en 2005, fondée sur l’âge des mères européennes entre 1960 et 2000, aboutissait à 29,1 ans.

Si l’Homme moderne existe depuis 3 000 ans, combien de générations la Terre a-t-elle portée ? © Fizkes, iStock
Les mutations, horloge cachée de l’évolution
Ces chiffres ne valent toutefois que pour un passé récent. Pour remonter bien plus loin, Matthew Hahn et ses collègues ont eu recours à une astuce : les mutations génétiques. Leur étude, publiée en 2023 dans Science Advances, a reconstitué l’intervalle générationnel sur les 250 000 dernières années.
Le raisonnement repose sur une observation clé : à mesure que les parents vieillissent, le mélange de mutations transmises à leurs enfants évolue. En d’autres termes, connaître la nature des mutations héritées permet d’estimer l’âge des parents au moment de la conception. Comme le résume le chercheur, à partir d’une collection de mutations, on peut tenter de déterminer l’âge moyen des individus qui les ont transmises. En classant des millions de mutations selon leur date d’apparition, l’équipe a ainsi pu calculer l’intervalle propre à chaque époque.

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Verdict : si cette durée a fluctué au fil des millénaires, elle s’établit en moyenne à 26,9 ans. Sur 300 000 ans, cela donne environ 11 152 générations d’humains.
Une fourchette plutôt qu’un chiffre unique
Tous les spécialistes ne s’arrêtent pas à ce nombre. Moisès Coll Macià, biologiste de l’évolution à l’Institut de biologie évolutive de Barcelone, juge la valeur de 26,9 ans plausible, mais préfère raisonner par fourchette.
Pour la borne basse, il se tourne vers l’un de nos plus proches cousins, le chimpanzé, dont l’intervalle générationnel est estimé à environ 24,6 ans. Puisque humains et chimpanzés partagent un ancêtre commun ayant vécu au Miocène, entre 23 et 5 millions d’années, il est logique que nos générations passées se situent quelque part entre celles des humains actuels et celles des chimpanzés d’aujourd’hui.
Pour la borne haute, il avance 26 à 30 ans, en s’appuyant sur une étude de 2016 ayant analysé des fragments d’ADN néandertalien pour estimer l’intervalle sur les 45 000 dernières années.
Selon cette fourchette, l’humanité compterait au moins 10 000 générations, avec une borne supérieure d’environ 24,6 ans portant le total à 12 195 au maximum. Quelle que soit la méthode retenue, une chose est sûre : l’arbre généalogique de notre espèce est remarquablement haut.
Source:
www.futura-sciences.com



