Sa vision ? La voiture va laisser la place à diverses solutions de mobilité autonome et partagée, avec zéro émission, arpentant des villes connectées. Et pour tester les futures solutions, il a fait appel au célèbre architecte danois Bjarke Ingels. Sa mission : concevoir une ville-laboratoire, où les habitants cohabiteraient avec les ingénieurs afin de leur faire des retours d’expérience en temps et conditions réels.
Cinq ans plus tard, les premiers résidents ont emménagé à Woven City. La ville se trouve au pied du mont Fuji, sur les 70 hectares du site d’une usine Toyota dont l’activité a été délocalisée dans la préfecture de Fukushima, afin de contribuer à redynamiser la région après le séisme du Tohoku en 2011 – et le tsunami qu’il a provoqué. De l’usine, il ne reste aujourd’hui qu’une halle immense, qui abritait notamment les installations d’emboutissage. Renommée « inventor garage », elle est destinée à accueillir start-up, entreprises, instituts de recherche… qui y seront hébergés durant plusieurs mois pour développer et évaluer leurs projets. Les premiers, au nombre de 24, sont en cours d’installation, à l’image de Joby Aviation, qui va tester des taxis aériens électriques à décollage vertical permettant de rejoindre Tokyo en 30 minutes.
Une centaine d’habitants pour l’instant, employés de Toyota
Non loin, un quartier d’habitation est sorti de terre. Il accueille une centaine de résidents, essentiellement des employés de Toyota avec leurs familles – à terme la population devrait atteindre les 2000 personnes. Entre les deux, une piste d’essais va voir le jour. Rassembler pour faire émerger des idées nouvelles, c’est le concept japonais Kakezan – littéralement « multiplication ». « Ici, les entreprises travaillent avec les universités comme avec Toyota Motor Corporation dans le cadre de partenariats, et les résultats de recherche ont vocation à être publiés « , assure John Absmeier, directeur technique de Woven.
Dans le quartier bâti, la vie a démarré. Les enfants sont à l’école. Quelques clients travaillent dans un café où l’on étudie l’effet du choix de la boisson sur la concentration, la créativité et la productivité. Ils sont filmés et une IA analyse leurs comportements au dixième de seconde. Quand les données seront suffisantes, l’entreprise UCC Japan espère pouvoir faire des recommandations de boissons chaudes selon le temps dont dispose le client et la façon dont il veut l’occuper (travail, relaxation, etc.).
Pour l’heure, en pleine journée, les rues sont quasi désertes. Régulièrement un minibus apparaît. Prévu pour fonctionner de façon autonome, il embarque encore un chauffeur à bord car le règlement exige que celui-ci reprenne la main dès que le véhicule sort du périmètre de Woven City. Nommé e-Palette, c’est un pilier de la vision du futur des mobilités de Toyota, avec un usage loin d’être cantonné au transport de personnes. Entièrement modulaire, il peut être transformé ici en mini-salle de jeux, là en bar, et être acheminé dans un lieu de rassemblement éphémère à tout instant.
Sous la route, une autre route, inaccessible aux humains, est dédiée aux robots de livraison. Toute la logistique de la ville se fait de façon autonome pour acheminer courses et colis au pied des immeubles. Dans les appartements, les résidents – appelés « weavers », ou « tisseurs » car ils tissent le quotidien avec les « inventors » – peuvent tester gratuitement les solutions développées à Woven City, en accueillant un robot doté d’une pince capable de ranger la maison, ou en s’équipant d’un filtre anti-pollen censé prévenir toute crise allergique au printemps… En bas de chez eux, ils achètent des boissons dans le distributeur automatique DyDo, piloté uniquement par leurs smartphones. Et pour se déplacer, ils enfourchent une trottinette partagée électrique à trois roues. Bientôt, ils pourront aussi appeler un minirobot autonome en cours de test, capable d’aller chercher seul une voiture dans un garage et de la piloter par wifi à quelques dizaines de centimètres de son capot.
Guide Mobi pilote et guide à distance une voiture. Se déplaçant à 15 km/h, il peut aussi transporter jusqu’à 200 kg de marchandises. Crédit : TOYOTA
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Une IA prévue à terme pour réguler la circulation
Dans cette phase de lancement, il n’y a pas de problème de circulation. Mais les ingénieurs de Woven City préparent la suite en étudiant les comportements des véhicules, des piétons et des petits robots autonomes de livraison. Tous sont filmés par des caméras placées dans des poteaux servant de feux de circulation comme de lampadaires. L’objectif à terme est que des IA puissent analyser les comportements, afin d’agir sur les feux de circulation ou les véhicules autonomes pour prévenir de potentielles situations à risque, à l’arrivée d’un piéton par exemple. Dans cet univers high-tech, les habitants sont appelés à faire des suggestions sur les projets à développer : il leur suffit de les écrire sur… des post-it qui sont affichés dans un espace partagé.
L’avantage d’expérimenter dans cet immense espace privé avec des participants volontaires est de s’affranchir de contraintes réglementaires. À charge ensuite pour les entreprises d’essayer de faire changer les règles et les usages hors de Woven City. Et aussi d’établir un cadre pour l’usage des données personnelles, actuellement centralisées dans une « data fabric » qui orchestre tous les flux d’information de la ville. « À Woven City, nous sommes en phase avec toutes les réglementations type RGPD, et chaque résident a le contrôle sur les données qu’il accepte de partager. Il est sûr qu’étendre ça auprès de millions de personnes sera un défi », conclut John Absmeier. Un défi à la hauteur de celui relevé en 1937 par le grand-père de l’actuel patron, Kiichiro Toyoda, qui avait réorienté l’entreprise familiale de métiers à tisser vers l’automobile.
Source:
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