Audiovisuel public : le député conservateur Charles Alloncle propose une cure d’austérité

Toujours plus loin dans la coupe budgétaire. Charles Alloncle, le désormais célèbre député UDR et rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public a fait 80 propositions à l’issue des centaines d’heures d’auditions.

Il propose plusieurs mesures d’économies qui viseraient à dégager plus d’un milliard d’euros, soit un quart des crédits alloués par l’Etat à l’audiovisuel public. En outre, l’élu du parti d’Éric Ciotti propose de revenir à une nomination des dirigeants de France Télé et Radio France par le président de la République, après avis du Parlement et avis « conforme » de l’Arcom, le régulateur, a appris vendredi l’AFP de sources proches de la commission.

Le rapport et ses préconisations doivent être soumis au vote des 30 députés membres de la commission d’enquête lundi, après plus de quatre mois de travaux sous haute tension.

Un vote favorable est nécessaire pour que le rapport soit rendu public une semaine plus tard. Un vote négatif est rarissime, mais les tensions qui ont émaillé les travaux et les premières réactions des parlementaires aux conclusions écrites de Charles Alloncle, consultées à huis clos jeudi et vendredi par ses collègues, rendent tout pronostic délicat.

La députée PS Ayda Hadizadeh a annoncé vendredi au site Les Jours qu’elle voterait contre, non pas à cause « des préconisations », « dont on peut (…) débattre », mais parce que, selon elle, « ce rapport est mensonger, c’est un tissu de mensonges, d’approximations et de diffamations ».

Plusieurs députés ont indiqué ces derniers jours ne pas souhaiter « censurer » les travaux. Mais l’un d’eux, qui a souhaité garder l’anonymat, s’interroge après l’avoir lu : « Est-ce qu’on peut laisser l’Assemblée cautionner qu’un rapport soit fondé sur des méthodes de calomnie et d’insinuations ? ».

Contacté par l’AFP, le député ciottiste a déploré de son côté que « des fuites (soient) organisées par des députés, alors que c’est totalement interdit », plusieurs médias ayant dévoilé ses préconisations vendredi.

Se refusant à confirmer ou infirmer les mesures, il a estimé « légitime qu’il y ait une réflexion sur l’optimisation » des chaînes de France Télévisions, en ajoutant qu’« il s’agit de préconisations et pas d’injonctions ». Selon ses propositions, le milliard d’euros d’économies dégagées serait affecté à « l’entretien du patrimoine » de l’Etat et au désendettement du pays.

Parmi près de 80 mesures figurent la suppression de France TV Slash et de la chaîne France 4, dédiées aux publics jeunes, pour « redéployer les moyens » sur une nouvelle offre diffusée sur France.tv et les réseaux sociaux. France 5 et France 2 seraient fusionnées au profit d’une « grande chaîne généraliste », tandis que franceinfo et France 24 seraient aussi refondues dans une seule entité. Côté radio, Charles Alloncle suggère de supprimer le Mouv’, l’antenne de Radio France dédiée au hip hop.

« Ce qu’il propose, c’est un retour à l’ORTF, ce n’est pas autre chose. Il règle la question de l’impartialité par la mise au pas de l’audiovisuel sous la tutelle du gouvernement », a taclé un député du bloc central.

La commission d’enquête avait été réclamée par le parti d’Eric Ciotti dans la foulée d’une vidéo montrant les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen en pleine discussion privée dans un restaurant avec des responsables du PS, dont le contenu a nourri des accusations de partialité en faveur de la gauche.

Un volet des mesures concerne « l’impartialité et la neutralité » des salariés de l’audiovisuel public. Il leur serait demandé des engagements en ce sens, dans leur expression publique, même en dehors de leurs fonctions. Les figures de premier plan devraient se soumettre à un « devoir de réserve renforcé ».

Enfin, Charles Alloncle propose de mettre fin au « système des animateurs-producteurs », selon un député qui a eu accès aux propositions. La remise du rapport constitue l’épilogue de plus de quatre mois de travaux sous haute tension, les auditions ayant été marquées par de nombreux incidents entre Charles Alloncle et ses collègues, ou avec les personnes auditionnées, de Nagui à l’entrepreneur Xavier Niel.

Le rapporteur a concentré les critiques pour ses méthodes qualifiées d’« inquisitoriales », mais il s’est taillé un franc succès auprès des pourfendeurs de l’audiovisuel public.

(Avec AFP)


Source:

www.challenges.fr

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