Oubliez la crise, la dette, l’Iran, Poutine ou le détroit d’Ormuz, et concentrez-vous un peu sur le conflit qui oppose « Master Poulet » et le maire de Saint-Ouen.
Un différend d’une banalité sans nom au sujet de l’implantation d’un commerce de poulet rôti en centre-ville, mais qui fait l’objet d’une mobilisation politique et numérique de la « meute » Insoumise qui ferait passer la guerre civile au Soudan pour un conflit de voisinage.
Le pompon aura été décroché lors du déplacement du président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale — le bien nommé Éric Coquerel — devant l’enseigne d’extermination de masse des volailles. Et parce qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, il aura encore fallu que le fondateur de l’Institut de relations internationales et stratégiques — Pascal Boniface en personne — délaisse la défense des intérêts de l’axe irano-poutinien pour voler au secours de la volaille braisée.
Mais il s’agissait surtout de voler dans les plumes de Karim Bouamrane et de sonner la charge numérique contre ce maire, dont le seul tort est d’avoir été brillamment réélu au cœur d’un territoire que Mélenchon considère désormais comme sa chasse gardée. Un territoire réservé, qui s’étend partout où Mélenchon espère convaincre une troisième, voire une quatrième génération d’enfants d’immigrés, et à qui il espère faire gober l’idée saugrenue que lui et sa clique de « tout Blancs tout moches » seraient les mieux placés pour les représenter.
« Bonne couleur de peau »
Pourtant, à l’heure où l’Insoumise et députée européenne Rima Hassan milite pour la « fin du porte-parolat », c’est-à-dire la fin de la représentation des « personnes non blanches » par des « non-racisés » (suivez un peu !), l’idée que Karim Bouamrane ait été réélu devrait les réjouir, d’autant plus qu’il est de gauche. Eh bien, pas du tout. Car si Karim Bouamrane est, d’après leur grille d’analyse, de la « bonne couleur de peau » et de la « bonne religion », il n’en demeure pas moins, aux yeux des dirigeants de La France insoumise, qui considèrent la Seine-Saint-Denis comme une réserve, le « mauvais indigène » ou, plutôt, le « mauvais Arabe ». Celui qui a l’outrecuidance de ne pas se soumettre à l’autorité du représentant « naturel » des classes populaires en général et des « minorités opprimées » en particulier.
Il suffit de lire ce que la meute écrit sur Bouamrane pour mesurer la haine qu’il suscite chez elle. La vice-présidente de l’Assemblée nationale, Nadège Abomangoli, est même descendue de son perchoir pour vanter les mérites des donuts au poulet, allant jusqu’à qualifier le combat du maire de « racisme » et de « mépris de classe ».
Accusé de servir la « gentrification » du centre-ville par le député Insoumis Antoine Léaument et de « racisme » par le propriétaire de l’enseigne, rien n’aura été épargné à Karim Bouamrane. Jusqu’au sein d’un Parti socialiste où vous trouverez un Salim Djellab n’hésitant pas à essentialiser le maire, dont il précise « l’origine maghrébine » pour mieux l’accuser de refuser l’implantation d’un « commerce halal ». Autant d’appels à la haine reçus cinq sur cinq par des armées de trolls sur les réseaux sociaux, et dont le volume et la violence de la charge interpellent.
Nul doute qu’il n’y aura pas grand monde pour défendre ce maire victime de la politique racialiste de La France insoumise, et dont le tort, à ce jour, est d’avoir fait passer sa politique d’aménagement territorial au service des Audoniens avant les intérêts de Mélenchon et de sa basse-cour.
Source:
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