La guerre continue entre la Russie et l’Ukraine d’une part, et entre les États-Unis et l’Iran d’autre part. Deux guerres menées sur des théâtres différents et pour des raisons différentes. Mais deux guerres de plus en plus interconnectées, comme le montrent plusieurs événements récents.
C’est d’abord l’attaque par des drones ukrainiens, samedi dernier en mer Caspienne, d’un bateau iranien transportant du matériel militaire selon Kiev. Du fer, selon Téhéran. L’objectif est double. D’abord militaire et tactique : frapper un axe d’échanges entre deux pays qui collaborent. L’Iran a fourni les premiers exemplaires des drones qui frappent quotidiennement l’Ukraine, et la Russie, au début de la guerre dans le golfe, a fourni des renseignements sur de potentielles cibles américaines dans les pays de la région. L’objectif est surtout politique et stratégique pour Volodymyr Zelensky : montrer à Donald Trump que l’Iran et la Russie sont dans le même camp et que l’Ukraine peut aider les États-Unis à affaiblir l’Iran, dans une zone non concernée par le blocus américain, et dans un conflit dont ils ne savent plus comment se sortir. Ce n’est évidemment pas un hasard que cette attaque ait eu lieu juste avant la visite du président ukrainien à Washington pour pousser son avantage des dernières semaines, qui a vu Donald Trump pencher davantage vers l’Ukraine et ses succès, plutôt que vers la Russie et ses difficultés.
Échanges
Un autre événement retient l’attention. C’est l’achèvement imminent de la construction d’un pont sur le fleuve Tumen. Un pont routier reliant directement la Russie à la Corée du Nord. Les deux pays affirment que leurs motivations sont strictement économiques pour faciliter leurs échanges. Mais on sait que depuis le début de la guerre en Ukraine, Pyongyang a fourni à Moscou aussi bien des munitions que des troupes. Volodymyr Zelensky affirme d’ailleurs que Vladimir Poutine a demandé 30 000 soldats nord-coréens supplémentaires pour faire face à la mortalité sur le front ukrainien, où l’espérance de vie d’un soldat russe serait de 20 à 30 minutes selon le directeur de la CIA. En échange, on évoque des transferts de technologie. Et puis, il y a la Chine. Elle oppose une fin de non-recevoir polie à toutes les demandes de stopper ses échanges, notamment technologiques avec la Russie, pour aider son industrie de défense. Et elle dément avec vigueur les dernières informations de l’agence Reuters selon lesquelles elle pourrait fournir à l’Iran des systèmes de défense antiaériens, l’Iran étant confronté à la reprise des frappes américaines.
À lire aussiEntre Moscou et Pyongyang, un pont de la nouvelle amitié sur le fleuve Tumen
Imbrication et globalité
Cela donne clairement l’impression de camps de plus en plus intégrés. Et il faut y ajouter la course entre les États-Unis et la Chine à l’accaparement de ressources clés et qui peuvent servir à la fabrication de systèmes d’armes avancés. Des ressources technologiques comme des modèles d’intelligence artificielle, et des ressources industrielles comme les terres rares actuellement maîtrisées à 90% par la Chine et dont les États-Unis cherchent à sécuriser l’approvisionnement partout, de l’Ukraine à la République démocratique du Congo, en passant par le Groenland. Le tout dans un contexte de tensions, d’augmentation généralisée des budgets de défense, de guerres parfois hybrides et parfois réelles, Ukraine et Iran, dans une imbrication et une globalité de plus en plus évidentes.
À lire aussiTerres rares: la guerre en Iran révèle la dépendance stratégique des États-Unis à la Chine
Source:
www.rfi.fr




