« Des scènes de chaos, au moins 72 morts et des dizaines de disparus. Ce qui s’est passé ces derniers jours à Ceuta, enclave espagnole bordant le Maroc, est révoltant à plus d’un titre, s’exclame Le Temps à Genève. L’afflux de dizaines de milliers de migrants, en quelques heures, a provoqué interrogations et inquiétudes. Il a surtout déclenché une surenchère politique, nourrie de récupérations, de fake news véhiculées par les réseaux sociaux et de mauvaise foi. Une fois encore, les migrants se retrouvent instrumentalisés et réduits au rang d’arme politique et de moyen de pression diplomatique. »
Une surenchère alimentée par « la droite dure européenne, pointe le quotidien suisse, qui a aussitôt agité le spectre d’une « invasion ». L’Italie de Meloni s’est empressée de réclamer l’exclusion de l’Espagne de l’espace Schengen, imitée par d’autres responsables politiques. La France a aussi donné dans le registre de la peur, en renforçant ses contrôles aux frontières. »
Désespoir… Indignité…
« Les partis de droite et d’extrême droite européens n’attendaient que ça, fulmine Libération à Paris : on les a vus arriver avec leurs gros sabots, s’emparant des images d’afflux de migrants à Ceuta jeudi et vendredi, et les instrumentalisant avant que quiconque n’ait eu le temps d’analyser ce qui se passait. En France, le patron du RN, Jordan Bardella, a évoqué « une submersion sans précédent » quand la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, réclamait des « mesures extraordinaires » pour défendre les frontières de l’Europe. Si la situation n’était aussi tragique, cela prêterait à sourire, soupire Libération, d’autant que ces migrants sont tous repartis ou presque quand ils ont compris qu’ils avaient été manipulés. Mais personne n’a envie de sourire devant le désespoir de ces jeunes Marocains, devant la centaine de corps rejetés par la mer, et devant l’indignité de ces dirigeants européens qui ont réagi de manière populiste et électoraliste et non humaine et solidaire. Leur premier réflexe, dénonce encore Libération, aurait dû être de voler au secours de l’Espagne ou de s’apitoyer sur la mort de ces exilés volontaires, ados pour beaucoup, qui cherchaient à gagner ce qu’ils croyaient être le paradis. »
« La crise de Ceuta a ainsi été le révélateur d’un réflexe d’instrumentalisation et de division, résume Le Monde, là où la gravité et la réalité de la question de l’immigration exigeraient au contraire solidarité et unité. »
« Quelque chose a été cassé »
En tout cas, cette « crise de Ceuta révèle une fracture européenne », relève Le Soir à Bruxelles. Et « devrait laisser des séquelles importantes, notamment vis-à-vis de la confiance que se portent les États membres de l’Union européenne. Quelque chose a été cassé, à en croire la lettre envoyée par le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. Il y exprime sa « profonde inquiétude » au vu des réactions de ses homologues. Dans ce courrier diffusé samedi, le socialiste dénonce le « très faible soutien » de la part des États membres ainsi que les attaques qu’a essuyées l’Espagne et les appels pour son exclusion temporaire de l’espace de libre circulation Schengen. »
Réunion sous tension…
C’est dans ce contexte tendu que les ministres de l’Intérieur des membres de l’Union européenne doivent se réunir demain mardi. Et « les divergences s’accentuent », pointe Le Figaro. « Vingt-deux États membres de l’Union européenne ont uni leurs voix dans une coalition hétéroclite, emmenée par Giorgia Meloni et par la sociale-démocrate danoise Mette Frederiksen, coalition qui exige « une réponse européenne immédiate et coordonnée ». (…) Parmi les propositions les plus radicales figure (donc) la suspension temporaire de l’Espagne de l’espace Schengen. » Et « Rome entend profiter de cette réunion d’urgence pour remettre (notamment) une proposition sur la table : celle d’un réseau européen de « hubs de retour », des centres de rétention installés dans des pays tiers. Une approche que la France avait déjà torpillée lors du dernier sommet européen. »
Source:
www.rfi.fr




