Cette inflammation chronique du cerveau aurait son origine avant la naissance. Elle serait produite par une réponse inflammatoire chez la mère, par exemple lors d’une réponse immunitaire (une infection pendant la grossesse). Les chercheurs ont testé cette hypothèse chez des souris enceintes, en induisant une réponse immunitaire. Ils ont traité ces souris avec une faible dose de molécules issues de bactéries (les lipopolysaccharides, composantes de la membrane de certaines bactéries). Cette faible dose entrainait une faible réponse inflammatoire, sans pour autant causer de maladie ni de symptômes chez la souris enceinte.
En revanche, cette faible réponse chez la mère avait des conséquences bien plus lourdes chez les souriceaux. Ils présentaient une neuroinflammation qui devenait chronique et qui se poursuivait tout au long de leurs vies. Cette inflammation du cerveau causait notamment une suractivation des synapses durant le développement des animaux, entrainant une connectivité neuronale anormale par la suite. À cause de cette activité cérébrale perturbée, les animaux développaient des comportements caractéristiques des troubles autistiques : des comportements répétitifs, des interactions sociales réduites et une hypersensibilité sensorielle, particulièrement tactile.
La rapamycine réduit l’inflammation et atténue les symptômes
L’état inflammatoire des souriceaux se reflétait aussi dans une hausse de la voie de signalisation de mTOR, protéine importante dans plusieurs processus (dont la croissance cellulaire) mais dont la suractivation est proinflammatoire. Les chercheurs ont donc tenté de réguler cette voie en traitant les souris avec de la rapamycine, qui inhibe mTOR. Ce médicament parvenait à réduire le comportement répétitif des souris, même lorsqu’il était administré à l’âge adulte. De même pour l’hypersensibilité tactile, qui diminuait après le traitement. Au niveau neuronal, une dose de rapamycine atténuait l’hyperexcitabilité des neurones, ce qui pourrait expliquer la normalisation comportementale observée avec le traitement.
“Cela suggère que le cerveau est bien plus adaptable qu’on ne le pensait, même lorsque les changements subis lors du développement sont encore là, affirme dans un communiqué Harley Kornblum, directeur du Centre de recherche sur les handicaps intellectuels et développementaux à UCLA et directeur de l’étude. Le niveau de normalisation fonctionnelle atteint en si peu de temps pointe vers de nouveaux mécanismes qu’on pourrait cibler avec des traitements.”
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À la recherche du bon traitement
Malgré ces résultats plus qu’encourageants, la rapamycine n’est pas le traitement idéal, car son effet était seulement temporaire. Au bout de 72 heures, il fallait donner une nouvelle dose, et le traitement perdait petit à petit en efficacité, car les animaux commençaient à développer une tolérance à la rapamycine au bout de cinq semaines. “On devra trouver d’autres traitements qui entrainent cette neuromodulation, plutôt que de considérer la rapamycine comme un traitement potentiel”, conclut Neil Harris, professeur de neurochirurgie à UCLA et coauteur de l’étude. Mais, grâce à la rapamycine, on a désormais une piste prometteuse pour enfin trouver un traitement efficace contre les troubles du spectre de l’autisme.
Source:
www.sciencesetavenir.fr




