L’Afrique du Sud fait face à une vague de manifestations anti-immigration après un ultimatum lancé aux migrants sans papiers. Arrestations, violences et tensions ravivent le spectre de la xénophobie.
L’Afrique du Sud traverse une nouvelle crise sociale et politique autour de l’immigration. Depuis la fin du mois de juin 2026, plusieurs villes du pays, dont Johannesburg, Durban et Le Cap, ont été le théâtre de manifestations organisées par des mouvements anti-immigration réclamant le départ des étrangers en situation irrégulière. Ces groupes avaient fixé au 30 juin une date limite symbolique aux migrants sans papiers pour quitter le pays, un ultimatum sans valeur légale mais suffisamment inquiétant pour provoquer la peur dans de nombreuses communautés étrangères. Selon Reuters, plus de 900 personnes ont été arrêtées lors de ces mobilisations et de troubles associés, notamment pour violences publiques, pillages, vols, infractions migratoires ou aide à des migrants sans papiers.
La situation est grave car elle dépasse largement le cadre d’une simple contestation politique. Si la plupart des marches sont restées sous contrôle grâce à un important dispositif policier, plusieurs incidents violents ont été signalés. À Alexandra, township de Johannesburg, une personne a été tuée lors de pillages visant des commerces de proximité souvent tenus par des étrangers. À Durban, la tension a également été forte, avec des migrants vivant dans la peur d’être attaqués ou expulsés par des groupes de citoyens se présentant comme des défenseurs de l’ordre national. Les autorités ont déployé des renforts policiers et militaires dans plusieurs provinces afin d’éviter que la situation ne dégénère en violences généralisées.
Ces manifestations s’inscrivent dans un contexte économique très difficile. L’Afrique du Sud connaît un chômage massif, une pauvreté persistante, des services publics sous pression et une criminalité élevée. Les mouvements anti-immigration accusent les étrangers de prendre les emplois des Sud-Africains, de saturer les hôpitaux, de profiter des aides publiques et d’alimenter l’insécurité. Mais ces accusations sont fortement contestées par de nombreuses organisations de défense des droits humains, qui estiment que les migrants servent de boucs émissaires à des problèmes beaucoup plus profonds : crise économique, inégalités, corruption, mauvaise gestion publique et faiblesse de l’État dans certaines zones. Reuters rappelle que ces groupes ciblent principalement les migrants africains, notamment venus du Zimbabwe, du Mozambique, du Malawi, de la République démocratique du Congo ou du Nigeria.
La dimension xénophobe de cette crise inquiète particulièrement les observateurs. L’Afrique du Sud a déjà connu plusieurs vagues de violences contre les étrangers, notamment en 2008, 2015 et 2019. Le mouvement actuel ravive donc une mémoire douloureuse : celle de commerces incendiés, de migrants pourchassés, de familles déplacées et de quartiers entiers plongés dans la peur. Human Rights Watch a récemment alerté sur de nouvelles attaques xénophobes et sur les actions de groupes comme Operation Dudula, accusés d’avoir empêché des étrangers d’accéder à des services publics, y compris des établissements de santé. Une décision de justice sud-africaine avait déjà interdit à certains militants de bloquer l’accès des migrants aux soins, ce qui montre que la question ne relève pas seulement du débat politique, mais aussi de la protection des droits fondamentaux.
Le gouvernement sud-africain se trouve dans une position délicate. D’un côté, il affirme vouloir lutter contre l’immigration irrégulière et mieux contrôler les frontières. De l’autre, il condamne les actions de groupes qui cherchent à faire appliquer eux-mêmes la loi dans la rue. Cette ambiguïté nourrit la tension. Pour les migrants, même ceux qui disposent de papiers ou d’un statut de réfugié, la peur est devenue quotidienne. Certains ont quitté leur logement, d’autres ont fermé leur commerce ou envisagent de partir, parfois en laissant derrière eux des enfants scolarisés ou des familles installées depuis des années. Reuters rapportait déjà, avant les grandes manifestations du 30 juin, que plusieurs migrants cherchaient à quitter le pays par crainte de violences.
La crise actuelle révèle surtout une fracture profonde dans la société sud-africaine. L’immigration est devenue le symbole visible d’un malaise beaucoup plus large : sentiment d’abandon, pauvreté urbaine, concurrence dans l’économie informelle, défiance envers les institutions et montée d’un discours nationaliste agressif. À l’approche d’échéances politiques locales, certains mouvements tentent aussi de transformer cette colère sociale en force électorale. C’est ce qui rend la situation particulièrement dangereuse : lorsque les difficultés économiques sont traduites en hostilité contre une population désignée comme responsable, le risque de violences collectives augmente fortement.
L’Afrique du Sud est donc confrontée à un double défi. Elle doit répondre aux préoccupations réelles de sa population sur l’emploi, la sécurité et la gestion migratoire, tout en empêchant que ces préoccupations ne se transforment en persécution contre les étrangers. La fermeté contre l’immigration illégale ne peut pas devenir un prétexte à la violence, au pillage ou à la chasse aux migrants. Si les autorités ne parviennent pas à rétablir un cadre légal clair, à protéger les communautés vulnérables et à désamorcer les discours de haine, cette crise pourrait ouvrir une nouvelle séquence de violences xénophobes dans un pays déjà profondément fragilisé.




