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Années 80, le sens de la fête : premiers croisements funk, hip-hop et électro

« Kiss on My List », tout, dans ce titre signé en 1980 par le duo nord-américain Hall and Oates, deux musiciens blancs de Philadelphien, est réuni pour faire remonter un certain parfum qui flottait dans l’air au début des années 80. Lequel n’était pas du goût de tout le monde. Cette chanson, on aurait pu l’entendre dans la BO d’un film récent qui rencontre un bon succès et dont l’action se déroule, précisément, en 1985, Juste une illusion. Écrit et réalisé par Olivier Nakache et Eric Toledano, auxquels on doit le très célèbre film Intouchables. On y suit les aventures quotidiennes d’une famille unie qui vit en 1985 dans une cité tranquille de la banlieue parisienne. Le père, Louis Garrel est un cadre au chômage, la mère, Camille Cottin, une secrétaire de direction ambitieuse. Ils s’aiment mais se disputent souvent. Leurs deux enfants aussi. L’aîné, un grand ado, s’habille en noir, porte des bagues avec des têtes de mort et écoute The Cure. Il n’a que mépris pour la musique qu’aime, sans honte, son petit frère, le funk qui se résume pour lui, je cite à peu près ce qu’il dit dans le film, des chansons aux paroles débiles avec des voix de châtrés. C’est une division qui existait en effet parmi les jeunes de la période et il pouvait régner entre ces communautés d’auditeurs, appartenant à diverses classes d’âge et différents milieux, aussi, une incompréhension mutuelle, beaucoup de méfiance, de préjugés et de mépris aussi, parfois.

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À mon époque, un peu plus reculée, ça existait déjà : d’un côté, celles et ceux, la majorité, qui aimaient écouter des chansons entraînantes à la radio, et puis les autres, une minorité contrariée et contrariante, souvent très virulente, qui trouvait ça, entre guillemets, commercial, voire détestable. Et qui revendiquait et affirmait haut et fort, son goût pour ce qu’on appelait l’underground. Plus tard on a appelé ça l’indé, comme indépendant, ou rock alternatif. Une façon de percevoir la musique populaire propre au jeune âge, celui où l’on est en quête d’une identité qui se réduit souvent à une panoplie toute faite, voire à un masque. Or, et c’est à ça que je voulais en venir, chez les musiciens, c’est impossible que ce soit aussi tranché. La musique circule à double sens, si j’ose dire, des marges vers le centre et du centre vers les marges, aussi. Un bon exemple est l’évolution des musiciens survivants du groupe anglais de la ville de Manchester Joy Division, après le suicide de son chanteur Ian Curtis en mai 1980. Devenus New Order, ils ont intégré les sons et les ambiances de l’électro-pop et du funk, et sont passés, pour ainsi dire, du souterrain à la lumière. C’est ce que je m’emploierai à vous faire entendre dans le Very Good Trip de demain, que j’ai intitulé de Joy Division à New Order, du souterrain à la lumière du jour, pour vous donner une idée. Une dernière chose. Découper la musique de la fin du vingtième siècle, par décennie, les années 60, les années 70, les années 80, fait partie des automatismes journalistiques. Tout le monde y recourt pour simplifier les choses. Bien sûr, ça peut s’appliquer aux sons, à l’instrumentation comme aux techniques d’enregistrement. Il y a des habitudes, des couleurs, des modes. Mais dès qu’on creuse un peu, ça ne tient pas debout. Chaque période que j’ai vécue, dans la musique populaire, a été marquée par tout et son contraire.

Pour ceux qui fabriquent celle-ci, les cloisonnements entre différentes styles, genres et sous-genres, peuvent s’avérer indispensables pour permettre sa diffusion. Cependant, dès qu’on creuse un peu, qu’on interroge des musiciens, on s’aperçoit vite, et souvent, qu’ils s’imprègnent de toutes sortes de musiques que peuvent ignorer, ou dont peuvent se détourner ceux qui les écoutent. En somme, et c’est là que je voulais en venir, il est impossible qu’il y ait d’un côté le rock et de l’autre le funk, séparés par une frontière sévèrement gardée. Ils ont toujours circulé l’un vers l’autre, organiquement. On vient d’entendre un exemple de cette fusion grâce à ce titre signé par le duo Hall & Oates, Daryl Hall et John Oates, tristement méconnu chez nous. Je me rappelle le titre de la compilation grâce à laquelle je les avais découverts en 1983, ça date, Rock n Soul, tout est dit. Hall & John Oates venaient de Philadelphie, ils avaient été nourris par le jazz et les Temptations et leur rôle dans l’histoire de la musique soul urbaine est aussi important que celui de bien des formations noires.

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Autre exemple de cette fusion naturelle, une chanson qui remonte à l’année 1981, signée par un musicien qu’on a oublié, et c’est dommage, Rick James. Ce Noir américain venait de la ville de Buffalo, dans l’ouest de l’État de New York, de l’autre côté du fleuve Niagara, face à la ville canadienne de Toronto. Il avait été un des premiers compagnons de route de Neil Young, avec lequel il avait voyagé jusqu’à la ville de Détroit, et le groupe qu’ils avaient formé avait failli enregistrer pour la célèbre compagnie Motown. Rick James avait créé sa propre fusion de funk avec le rock qu’il avait appelée, il fallait y penser, funk’n’roll. C’était un personnage extravagant : il chantait vêtu de tenues moulantes et pailletées, inspirées du groupe Kiss, en se pavanant au milieu de filles accordées à ses fantasmes. Rick James, hélas, est mort tristement, il y a de ça plus de vingt ans, victime de ses accoutumances à certaines drogues dures. Mais il a beaucoup marqué le début des années 80. Et en particulier ce tube, « Super Freak ».

Pour en savoir plus, écoutez l’émission…

Playlist :

Daryl Hall & John Oates – « Kiss on My List » album « Voices »Rick James – « Super Freak » album « Street Songs »The Time – « Jungle Love – 45 Version »Whodini – « Freaks Come Out at Night » album « Escape »ESG – « Moody »Cameo – « Word Up » album « Word Up »George Clinton – « Atomic Dog » album « Computer Games »Falco – « Rock Me Amadeus » album « Falco 3 »Yazoo – « Situation – François K Remix »Freeez – « I.O.U. – 7’’ Version Remastered »


Source:

www.radiofrance.fr

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