Gare aux mascus (2/3) : comment reconnaître les discours masculinistes et comment s’en protéger



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Longtemps confiné aux forums, le masculinisme déborde le virtuel : réseaux transnationaux, fascination pour l’ultraviolence et sextorsion radicalisent des jeunes hommes, provoquant agressions, menaces et un risque croissant pour l’égalité et la sécurité publique. A l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, on vous explique comment reconnaître ces discours masculinistes.

Il s’immisce partout : dans des vidéos de « conseils aux hommes », dans des discours politiques aux sous-entendus condescendants, dans des forums qui se présentent comme des espaces de soutien masculin. Pourtant, derrière cette façade, le masculinisme est une idéologie de domination.

Un faux miroir du féminisme

Les masculinistes aiment entretenir une confusion : ils se présentent comme une version masculine du féminisme, un mouvement pour « défendre les hommes » et qui prône la libération masculine : « En réalité, c’est une idéologie qui nourrit une haine contre les femmes et qui vise à préserver une domination masculine dans toutes les sphères », explique Lucie Daniel, responsable de plaidoyer et d’études dans l’association féministe Equipop.

Cette rhétorique leur permet de séduire un public en quête de repères, en prétendant répondre à leurs frustrations sociales ou personnelles.

Des contenus « anodins » en apparence mais toxiques

La difficulté est que le masculinisme ne s’exprime pas toujours dans des insultes ou des appels directs à la haine, observe Lucie Daniel : « Aujourd’hui, beaucoup d’influenceurs se présentent comme des coachs en développement personnel ou en fitness. Le ton est positif, bienveillant en apparence. Mais dès qu’on gratte un peu, on retrouve des conseils qui incitent à dominer, manipuler, obtenir des rapports sexuels sans consentement, dénigrer les femmes pour les contrôler ».

Ces discours ont une base idéologique commune : « C’est une défense de rôles figés et hiérarchisés entre hommes et femmes. Les rhétoriques sont les mêmes partout dans le monde, reprises par des communautés de jeunes hommes connectés », souligne Alice Apostoly, codirectrice de l’Institut du genre en géopolitique.

Une rhétorique victimaire et complotiste

Autre signe révélateur : l’inversion des responsabilités. « On voit souvent des chiffres manipulés sur les violences conjugales ou le suicide des hommes pour accuser les féministes. C’est un discours qui présente les hommes comme victimes d’un prétendu « complot féministe » qui aurait dévirilisé la société », explique Lucie Daniel.

Cette idéologie est aussi un piège pour les hommes. Elle les enferme dans une logique concurrentielle où leur valeur dépend de leur capacité à dominer, les isolant davantage et nourrissant leur mal-être.

Ces récits s’accompagnent parfois d’éléments complotistes ou identitaires : « Le masculinisme se mêle souvent à des thèses racistes ou autoritaires, accusant à la fois le féminisme et l’immigration d’être responsables d’un prétendu déclin de l’Occident », précise-t-elle.

Repérer et réagir

Pour identifier le masculinisme, certains signes doivent alerter :

La hiérarchisation systématique entre hommes et femmes dans les discours.
Les « conseils » qui contournent le consentement ou justifient la prédation.
La posture victimaire accusant les féministes de tous les problèmes sociaux.
Des proximités avec des idéologies réactionnaires ou extrémistes.

Les réseaux sociaux amplifient ces contenus. En dix minutes, un jeune homme peut basculer dans un flux de contenus masculinistes sur TikTok : « Les algorithmes créent des bulles où ces discours violents deviennent la norme », observe Alice Apostoly.

Éduquer et réguler

La première réponse est éducative. Depuis 2001, la loi française prévoit trois séances d’éducation à la sexualité à l’école : « Mais elles sont rarement appliquées. C’est pourtant un levier essentiel pour parler du consentement, du respect, et apprendre à reconnaître les discours toxiques », déplore Lucie Daniel.

Au niveau numérique, Alice Apostoly appelle à « une régulation ferme, une transparence sur les algorithmes, et une modération réelle des discours de haine ». Les associations féministes, en première ligne pour sensibiliser et protéger, doivent aussi être financées à la hauteur du problème.

Identifier le masculinisme, c’est comprendre qu’il ne s’agit pas d’une opinion banale mais d’une idéologie structurée, organisée et nuisible : « Ces discours ne sont pas neutres. Ils visent à maintenir une domination et à réduire les femmes au silence. Les reconnaître, c’est le premier pas pour les combattre », résume Lucie Daniel.



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