Depuis les années 70, des travaux féministes menés sur plusieurs continents ont progressivement requalifié les violences contre les femmes en phénomène social et systémique. Cette réflexion a contribué à imposer le terme féminicide dans les agendas publics et militants, en faisant apparaître ces meurtres comme l’une des manifestations les plus extrêmes d’un ordre patriarcal. Dans un texte consacré au sujet, Christelle Taraud rappelle ce cheminement intellectuel et politique qui a transformé les manières de nommer et d’appréhender ces violences.
Les chercheuses et chercheurs ont développé des cadres d’analyse qui déplacent l’explication des actes individuels vers des logiques socio-culturelles et institutionnelles. En mettant en lumière les rapports de pouvoir de genre, ces travaux ont montré que les agressions sexuelles et les meurtres de femmes ne sont pas des incidents isolés mais s’inscrivent dans des dynamiques de domination. Ce travail conceptuel a alimenté des débats sur la responsabilité sociale, les normes de masculinité et les mécanismes qui normalisent certaines pratiques violentes.
À mesure que les catégories analytiques gagnaient en diffusion, elles ont nourri des mobilisations et des revendications visant à modifier les réponses publiques. Activistes, collectifs et chercheur·e·s ont demandé une meilleure prise en compte des violences de genre dans la collecte de données, une formation adaptée des forces de l’ordre et des magistrats, ainsi que des politiques de prévention et d’accompagnement des victimes. Le passage d’une lecture individuelle à une lecture systémique a également influencé la visibilité médiatique et la sensibilité politique autour du sujet.
Malgré ces avancées, la reconnaissance pleine et la quantification restent inégales selon les pays et les contextes. Les défis actuels incluent la qualité des statistiques, la persistance des stéréotypes et la nécessité d’approches intersectionnelles qui prennent en compte l’âge, la classe, l’origine et d’autres facteurs. La recherche féministe continue d’alimenter les savoirs indispensables pour orienter les politiques publiques et les pratiques professionnelles, en insistant sur le caractère structurel des violences et sur la nécessité d’actions coordonnées pour les prévenir et les combattre.






