CultureLivres & LittératureDiaty Diallo, « Darya & Dounya » (Seuil)

Diaty Diallo, « Darya & Dounya » (Seuil)

Bilan d’exploitation. Dounya a 31 ans et ça ne va pas fort. Elle sent que l’existence prend une autre forme que celle à laquelle elle était habituée, que certains rêves disparaissent avant même de naître (« mon bac plus cinq m’a pas fait don d’une ascension sociale suffisante. Ça fait que je peux pas rêver très loin ») et que la vie l’abîme. Il n’y a pas si longtemps, Dounya était jeune. Elle vivait avec son copain, elle avait un travail et passait son temps libre à fumer et à boire. Maintenant elle est séparée du « Mec-qui-vivait-déjà-là » et doit trouver un autre appartement – sauf qu’en cinq ans, tout est devenu inabordable. Et puis elle s’est fait virer de son boulot. Alors pour tenter de comprendre, elle part à la recherche de la jeune fille qu’elle était, s’immerge dans ses archives (photos, CD, mails), dans sa mémoire et se met à lui parler, à lui écrire, s’adressant à elle en l’appelant Darya. « J’ai remarqué, chez moi, que vieillir fait grandir le besoin de clarté. Avant t’en avais rien à foutre, Darya. »

Plongée dans ses souvenirs, Dounya tâtonne, retrouve, corrige, précise, invoque ce qu’elle aurait omis qui viendrait expliquer son état aujourd’hui. En relisant des mots adressés à ses amis, elle s’aperçoit d’une chose : elle n’évoque jamais les violences qu’elle a vécues. « Je sais pas si je surcharge de sens, a posteriori, les trucs qui te sont arrivés, ou si c’est l’association répétée de brutalité et banalité qui fait que j’ai pas senti augmenter les infimes secousses qui conduisent lentement à l’irruption. » C’est ainsi qu’elle se met à écrire des lettres et à enregistrer des messages audio « de haine », adressés aux personnes qui l’ont insultée, humiliée, violée : Kevin qui, dans la cour d’école en primaire, a refusé de devenir son amoureux « par rapport au problème de [s]a couleur de peau » ; le patron qui l’a virée après les avoir épuisés elle et ses collègues – « tu restreins, tu coupes, tu prives, tu réduis, tu ne sais faire que le moins » – ; l’hypocrite qui a prétexté un plan pro pour avoir un plan cul ; ou encore le violeur soudain devenu sourd lorsqu’elle lui a demandé de ne pas la pénétrer.

Dans ce deuxième roman introspectif, au style acéré mais teinté d’humour, Diaty Diallo traduit la difficulté à se construire dans « une époque tellement agressive » et la nécessité de poser des mots sur les violences qu’on a vécues pour tenter ne pas y être enchaîné.

Diaty DialloDarya & DounyaSeuilTirage: 15 000 ex.Prix: 22 € ; 384 p.ISBN: 9782021630909


Source:

www.livreshebdo.fr

Articles récents

spot_img

Articles récents

Annonce publicitairespot_imgspot_img