La 32e Foire internationale du livre de Pékin a fermé ses portes dimanche 21 juin avec l’ambition de démontrer que l’édition chinoise est à la pointe de la transformation du secteur. Les organisateurs affichent un bilan de près de 300 000 visiteurs sur cinq jours, dont trois dédiés aux professionnels, et 2 835 cessions incluant les intentions.
Parmi les accords mis en valeur, on note celui entre la maison d’édition Yilin Press, filiale de Phoenix Publishing avec Springer Nature pour publier l’édition anglaise de Civilisation de Šumeru, ouvrage de Gong Yushu, professeur à l’Université de Pékin, dont la sortie mondiale en anglais est prévue en 2027, ou encore le partenariat entre Heilongjiang Juvenile & Children’s Publishing House et OverDrive pour distribuer à l’échelle mondiale des livres numériques et audio pour enfants en chinois.
Ce bilan révèle néanmoins l’évolution des échanges commerciaux avec la Chine, alors que le marché chinois du livre a accusé un repli de 2,24 % en 2025, à 83,5 milliards de yuans (environ 12,3 milliards d’euros), selon les données présentées par Jiang Yanping, P-DG d’OpenBook, société de référence dans le suivi des ventes du secteur en Chine, lors d’une présentation à la dizaine d’éditeurs du « sud global » invités en fellowship à l’occasion du rendez-vous qui fêtait ses 40 ans.
La vente par vidéo courte envahit tous les segments
Derrière ce chiffre, une recomposition profonde des canaux de vente : si la librairie physique et le e-commerce dit « shelf-based » (plateformes marchandes classiques type JD.com ou Tmall) reculent, le e-commerce de contenu (vente intégrée au flux vidéo court, sur des plateformes comme Douyin, filiale du groupe ByteDance, maison mère de TikTok), poursuit une croissance à deux chiffres, qui s’accélère encore sur les cinq premiers mois de 2026 (lire ci-après). Ce basculement vers la prescription par la vidéo courte structure désormais la première exposition des titres, jusque dans les segments les plus traditionnels de l’édition.
Le e-commerce de contenu (vente intégrée à la vidéo courte) a augmenté de 24,51% en Chine en 2025, selon OpenBook- Photo © ED
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Autre tendance de fond confirmée par OpenBook : la part de marché des auteurs étrangers continue de s’éroder depuis 2020, tous segments confondus, à l’exception notable des sciences populaires, où elle dépasse encore 30 % du chiffre d’affaires. Les œuvres américaines, britanniques et japonaises concentrent à elles seules plus de 68 % du chiffre d’affaires généré par les titres importés. Une domination anglo-saxonne et nippone qui laisse peu de place aux autres littératures étrangères, France comprise.
Un constat que dresse, sur le terrain, le poète francophone et traducteur Shu Cai, ancien diplomate en poste à Dakar devenu chercheur à l’Académie des sciences sociales de Chine, traducteur notamment de René Char, Yves Bonnefoy ou Philippe Jaccottet. Pour lui, l’appétit du lectorat chinois pour la littérature française ne fait pourtant aucun doute. « La poésie française a son public chinois, donc mes traductions sont bien appréciées », assure-t-il à Livres Hebdo lors du lancement de son recueil de poèmes en Français aux éditions Bruno Doucey, sur le stand de son éditeur chinois Phoenix.
Le poète francophone Shu Caï, à gauche, avec Zhang Chaoyang, le président de Phoenix Publishing Media, en juin 2026 à Pékin- Photo © ED
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Mais le pont éditorial peine à se reconstruire après le ralentissement des échanges franco-chinois post-2019. « C’est dommage, je ne vois pas beaucoup d’éditeurs français », regrette-t-il, appelant à des liens plus directs entre éditeurs des deux pays. Malgré l’appui précieux de l’Institut français qui se démène dans ce contexte d’évolution rapide pour entretenir le lien entre les professionnels français et chinois, ces derniers « ils ne savent pas comment agir dans le domaine de publication », estime-t-il.
Fanqie novel, une tendance chinoise inspirée de l’industrie coréenne
Face à ce recul de l’influence étrangère, l’autre signal fort de la foire vient des acteurs du numérique chinois, qui réinventent la chaîne de valeur du livre par le haut, via la licence IP. Zhang Xian, responsable des licences internationales pour la fiction fantasy chez Douying, décrit un modèle entièrement intégré : romans sérialisés en ligne (web novels), adaptés en micro-dramas (des séries de fiction de format très court, déclinées également en version générée par IA, le modèle « Dance », propriétaire de ByteDance) avant, en cas de succès, une publication papier par un éditeur traditionnel.
Les éditeurs chinois comptent sur les produits dérivés des oeuvres, notamment en jeunesse, pour faire face à la baisse du marché du livre- Photo © ED
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Un titre du catalogue Douying a ainsi dépassé les 30 millions d’exemplaires vendus, rapportant plus de 10 millions de yuans (environ 1,3 million d’euros) à son auteur. Le public du micro-drama, plutôt âgé (40 ans et plus), diffère de celui de l’animation IA, plus jeune (20-30 ans). Deux portes d’entrée distinctes vers la lecture que Zhang Xian observe converger : « Lorsqu’ils ont vu les animations ou AI dramas, ils veulent lire le livre physique », assure-t-elle lors d’un rendez-vous avec la presse internationale.
Entre repli du marché traditionnel et désaffection pour les auteurs étrangers dans un contexte de montée en puissance des écosystèmes transmédias pilotés par les plateformes, le secteur éditorial chinois évolue très vite, à tel point qu’il faudrait aller le voir pour le croire.
Le marché du livre chinois en chiffres (2025-2026)
Taille du marché : 83,5 milliards de yuans (≈ 12,36 milliards de dollars), en repli de -2,24% sur un an
Système de suivi OpenBook : plus de 28 000 points de vente en ligne et physiques surveillés, soit environ 75% du marché de détail ; 2,2658 millions de titres actifs suivis ; 198 300 nouveautés en 2025
Croissance par canal en 2025 :
Librairie physique : -7,95%
E-commerce classique (shelf-based, type plateformes marchandes) : -19,13%
E-commerce de contenu (vente intégrée à la vidéo courte) : +24,51%
Sur les cinq premiers mois de 2026, la tendance s’accentue : librairie physique -4,63%, e-commerce classique -18,37%, e-commerce de contenu +30,43%
Nouveauté / catalogue actif par canal : 16,26% pour le e-commerce de contenu, contre 11,77% pour l’e-commerce classique et 7,79% pour la librairie physique — signe d’un renouvellement de l’offre plus rapide sur les canaux vidéo
Auteurs étrangers : part de marché en recul continu depuis 2020, tous segments confondus, à l’exception des sciences populaires où elle dépasse 30% du chiffre d’affaires
Origine des auteurs étrangers traduits : auteurs américains, britanniques et japonais représentant plus de 68% du chiffre d’affaires des titres importés
Segments porteurs pour les auteurs étrangers : jeunesse, littérature et fonds académique/culture, qui concentrent toujours l’essentiel du chiffre d’affaires étranger
Source : OpenBook, juin 2026
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Source:
www.livreshebdo.fr



