Du 23 au 28 juin, Paris a accueilli soixante-dix maisons venues présenter leurs collections printemps-été 2027, sous une canicule qui a forcé certains défilés à se lever avec les coqs. Le vrai thermomètre de la semaine, lui, n’avait rien de climatique. Quelques jours avant l’ouverture, la série Off Campus, saluée pour ses héros masculins sensibles, cartonnait sur les plateformes.
Puis l’affaire Doku, un footballeur critiqué pour avoir songé à manquer un match afin d’assister à la naissance de son enfant, relançait le débat sur ce qu’on attend encore d’un homme. La mode masculine, elle, n’a pas cherché à fuir le sujet. Elle s’y est carrément installée.
Mercredi, au musée Nissim de Camondo, Jonathan Anderson livrait sa troisième collection pour Dior Homme (marque du groupe LVMH propriétaire de Challenges), la plus engagée des trois. Smokings élargis, pied-de-poule imprimé plutôt que tissé : le tailoring maison se déconstruit sans complexe. Chemises ouvertes à même la peau, cravates desserrées, matières translucides, et cette sensualité qu’on réservait jusque-là aux podiums féminins s’invite sans frapper. Quelques éclats de sequins, en écho à la fête de la Musique, ajoutent une touche de fête presque clandestine. Anderson ne tranche pas. Il brouille les pistes, il remixe ses propres archives, et obtient une masculinité qui ressemble à un sample plutôt qu’à une affirmation.


Quelques heures plus tôt, devant la Bourse de Commerce noyée de brume, Anthony Vaccarello défendait l’exact inverse. Chez Saint Laurent, le pouvoir ne s’affiche plus, il se retient. Vestes trois boutons raccourcies, pantalons à pince plate, palette désaturée à l’os : la coupe fait tout le travail, l’ornement n’a plus voix au chapitre. Seuls les boutons dorés, posés à même les torses nus en hommage à Tina Chow, viennent rappeler que la sobriété peut, elle aussi, séduire. Deux maisons, deux soirées, la même semaine, et pas une once de ressemblance entre les deux hommes qu’elles inventent.



Piaget, le chant des pierres
Ailleurs, une maison a compris plus vite que les autres qu’il valait mieux déplacer les lignes que les gommer : Givenchy (marque du groupe LVMH propriétaire de Challenges).
Pour ses tout premiers pas en mode masculine, jeudi, Sarah Burton n’a pas convoqué des mannequins anonymes mais des hommes faits, choisis pour ce qu’ils représentent : un photographe de guerre, un vidéaste punk compagnon de route de The Clash, un complice posé torse nu sous ses costumes, tatouage en bandoulière. Le tailoring, lui, reste d’une rigueur sans faille. C’est sans doute ce mélange-là, la rigueur d’un côté, des hommes bien réels de l’autre, qui explique pourquoi cette présentation a fait davantage parler que certains défilés en bonne et due forme.

Cette recherche d’un masculin nuancé se décline en une diversité de propositions, des plus installées aux plus confidentielles. Chez Louis Vuitton (marque du groupe LVMH propriétaire de Challenges), où Pharrell Williams ouvrait la semaine, l’ambiance se voulait plus jeune et plus aquatique, loin du bling habituel. Le label 424 a provoqué, lui, un bad buzz retentissant en confiant l’ouverture de son défilé au streamer masculiniste Clavicular, vite raillé par le public parisien. Jeanne Friot, à l’inverse, défend un vestiaire non genré et percutant. Egonlab a préféré glisser vers un style preppy et facétieux, la virilité, chez eux, se conjugue au second degré, et ça marche tout aussi bien.




Les 8 shorts que vous devez absolument porter cet été !
Seule maison à snober superbement tout ce débat, Issey Miyake a tissé sa collection autour du bambou, matière et motif, sans un mot sur la question qui agite le reste de la profession.

Six jours de podiums plus tard, l’homme de 2027 n’a toujours pas un visage. Il en a plusieurs. Et c’est sans doute pour ça qu’on continuera à vouloir l’habiller.
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Source:
www.challenges.fr



