Tout est fini. Les vêtements rangés demeurent à jamais dans les armoires. Il faudra les jeter, peut-être les donner, mais jamais, oui c’est ainsi, jamais celui qui les a portés ne les portera de nouveau. Livre de deuil ? Un peu. Livre d’amour avant tout. Ghost Stories est le récit que Siri Hustvedt a écrit pendant les mois qui ont suivi la mort de son mari, Paul Auster. À New York, dans une maison, quarante années se sont achevées. Le cancer a triomphé – devancé sur la ligne d’arrivée par des médicaments sensés calmer les douleurs, dont les effets indésirables ont eu raison du malade.
Avons-nous le droit de partager, nous, lecteurs, cette intimité ? Ne sommes-nous pas « de trop », comme on dit ? Lorsque l’autrice nous fait part, au détail sentimental près, de l’apparition d’un souvenir, caché dans un objet, dans une lettre, un courriel, on se pose la question. Mais l’autrice veille. Elle nous ouvre sa porte en évitant les impudeurs, en nous préservant des gouffres dans lesquels – on a beau dire, on le devine – elle tombe à la renverse. Alors, oui, nous avançons dans l’ouvrage avec simplicité. Mieux encore, nous y prenons plaisir.
Un fantôme familier
« Un souvenir qui me revient : en 1981, peu de temps après notre rencontre, Paul et moi avons vu Un arbre pousse à Brooklyn au Thalia, une salle rétro, miteuse, malodorante mais attachante, située sur 95th Street et Broadway, aujourd’hui fermée, et que lui et moi avions fréquentée avant de devenir un couple. Était-elle vide ou remplie ? Était-ce l’après-midi ou le soir ? Je ne me rappelle pas. Je me souviens que j’étais folle amoureuse de lui, électrisée par sa présence à mon côté, mais aussi attentive au film. »
À la façon d’un fantôme, Auster accompagne la narratrice. Et ce romancier dont le swing est si particulier nous semble soudain familier. Nous savons que la maladie s’est invitée dans un bonheur. Que veut dire la mort physique ? Paul Auster et son épouse ont peut-être perdu une bataille, mais ils vont gagner la guerre. À la vie !
Siri Hustvedt, Ghost Stories, trad. Frédéric Joly, Gallimard, 2026, 432 p., 24 €.
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