On imagine le névropathe moustachu rôdant dans le couloir de la bibliothèque pour abattre les rayonnages à coups de masse. On se trompe ! Le marteau de Nietzsche est subtil.
C’est celui du pianiste, feutré et retenu, de l’accordeur réglant les cordes, du forestier auscultant les troncs d’arbre, du rhumatologue ou du sculpteur. Après leur renversement, Nietzsche veut dépasser les valeurs, Mieux ! procéder à leur réévaluation-transvaluationtransmutation. Son marteau sera créateur et non vandale.
Nietzsche n’est pas démolisseur. Le révolutionnaire de 1789 abat la galerie des rois de Notre Dame. Le pieux Mollah dynamite les bouddhas de Bamyan. Chacun œuvre à l’avènement de son régime ou de son Dieu. Chacun substitue sa valeur. Il ne la transmute pas. Le nihiliste moderne, lui, pose sa bombe en rêvant du néant. Après lui le déluge. Peu importe que rien ne pousse dans les décombres. Faire table rase lui suffit.
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