Des fumées particulièrement irritantes, causant des inflammations
Interrogé par Sciences et Avenir, le professeur Denis Charpin, pneumologue et allergologue spécialisé en pollution atmosphérique explique : « Les fumées des incendies sont particulièrement irritantes. Elles peuvent causer des inflammations des voies respiratoires supérieures (sinusite) et inférieures (bronchites), ainsi que d’autres types d’inflammations comme des conjonctivites, des otites et des dermatites ».
Les données scientifiques suggèrent également un effet délétère sur le système cardiovasculaire, avec des risques accrus d’hypertension et d’arythmie cardiaque. « Les particules fines passent par les voies respiratoires, et puis dans le sang, par l’intermédiaire de la membrane alvéolocapillaire », détaille le médecin.
Ces atteintes sont plus prononcées et plus durables chez les populations vulnérables comme les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées, les personnes souffrant de maladies cardiovasculaires ou respiratoires, comme l’asthme ou la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive). « Chez ces populations, une exposition aux fumées des feux peut exacerber leurs pathologies, aboutir à un passage aux urgences, une hospitalisation, voire un décès », poursuit Denis Charpin. « D’où l’intérêt de favoriser l’accès aux masques FFP2 à toute personne vulnérable ».
A noter que ces masques ne sont efficaces que correctement ajustés au visage, et que leur protection dure entre quatre et huit heures : au-delà, l’humidité de la respiration compromet leur capacité de filtration.
« Un cocktail de substances délétères et cancérigènes »
Bien connu depuis l’épidémie de Covid-19, le masque FFP2 protège donc contre les cendres et les particules fines. Cependant, il ne filtre pas certains gaz toxiques et irritants, comme le monoxyde de carbone et les aldéhydes (acroléine, formaldéhyde), pourtant bien présents dans les fumées d’incendies, selon le rapport de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) publié le 20 juillet 2026.
D’ailleurs, « lorsqu’un incendie se produit en zone périurbaine, ce qui est le cas en Gironde en ce moment, ce ne sont pas uniquement des végétaux qui brûlent, mais aussi des métaux lourds, de l’amiante, des PFAs (substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, dits polluants éternels) contenus dans les bâtiments et les véhicules », insiste le pneumologue. « Tout ceci compose un cocktail des substances extrêmement délétères et cancérigènes ».
Dans une étude parue en 2025 dans la revue Science Direct, Denis Charpin souligne ainsi que les fumées d’incendie sont plus toxiques que celles émises par le trafic automobile et le chauffage à combustion – bien que la composition varie selon les conditions de combustion, le type de végétation et l’humidité de l’air.
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Les pompiers se retrouvent également en première ligne de ces risques sanitaires, avec des impacts sur le long terme, comme une prévalence plus élevée d’asthme et de mésothéliome, cancer touchant la plèvre, membrane protectrice des poumons.
Protéger les populations vulnérables
Face à l’ensemble de ces risques et à l’ampleur de l’exposition, le Ministère de la Santé formule plusieurs recommandations :
limiter ses déplacements et le temps passé dehors,
éviter les activités physiques en extérieur dans le secteur,
garder les portes et fenêtres fermées et n’aérer que lorsque les conditions le permettent,
occulter les aérations avec des linges humides, arrêter les ventilations mécaniques contrôlées (VMC) durant les épisodes de fumées,
être très attentifs aux personnes sensibles.
Pour ces dernières, le port d’un masque FFP2 est conseillé en cas de contact direct avec les fumées. Si des symptômes apparaissent ou qu’une gêne respiratoire se manifeste, il est recommandé de consulter un médecin généraliste, ou à défaut, selon la gravité, de composer le 15.
Source:
www.sciencesetavenir.fr




