Mais début juillet, l’américain a révélé souffrir d’une gastrite auto-immune incurable, une maladie qui attaque sa propre muqueuse gastrique et que la médecine sait aujourd’hui seulement traiter, pas guérir. Sa personne fascine car le milliardaire réveille un vieux fantasme de l’Humanité : pouvoir inverser le cours du temps et ne plus vieillir. Mais derrière son cas, que sait-on vraiment du vieillissement ? Peut-on réellement revenir en arrière ? Et jusqu’où la biologie autorise-t-elle l’idée de rajeunir ?
Vieillir, un travail d’équipe
Le mot “vieillissement” semble intuitif, presque évident. En réalité, il englobe une multitude de facteurs biologiques complexes. Longtemps, vieillir a surtout voulu dire une chose très simple : avancer en âge. Puis la biologie a montré que le temps ne laisse pas seulement des traces sur le calendrier, mais aussi dans les cellules. On a longtemps pensé que vieillir était une simple usure chronologique, liée à l’âge.
Ce n’est qu’à partir des années 1960 qu’un changement de regard s’impose : les cellules aussi peuvent vieillir. C’est là qu’on commence à parler de “sénescence, un état cellulaire de réponse au stress”, explique à Sciences et Avenir Eric Gilson, Professeur des Université, Praticien Hospitalier à l’Université Côte d’Azur et le CHU de Nice, fondateur de l’IRCAN (Institut de recherche sur le cancer et le vieillissement) et spécialiste de la biologie du vieillissement.
Une cellule sénescente n’est pas une cellule morte en soit, mais une cellule abîmée, fatiguée, qui ne joue plus correctement son rôle. “Avec l’âge, ces cellules s’accumulent dans les tissus et participent au vieillissement de l’organisme. C’est pour cela qu’on distingue le vieillissement des cellules et celui du corps entier”, explique le chercheur.
Petit à petit, la recherche a cartographié ce qu’on appelle des aging hallmarks, des facteurs cellulaires liés au vieillissement. “Dans ces aging hallmarks, on retrouve les télomères, la sénescence, et d’autres facteurs intrinsèques et extrinsèques des cellules, poursuit le chercheur. Il en existe plusieurs selon les classifications. Les télomères sont souvent cités lorsqu’on parle de vieillissement; ce sont des petites séquences à l’extrémité des chromosomes qui raccourcissent au fil des divisions cellulaires. Ils ne disent pas tout, mais ils participent à la photographie globale du vieillissement.” De ces connaissances vient la notion d’âge biologique. “Une personne peut avoir 60 ans, mais un âge biologique plus bas ou plus élevé selon l’état de ses cellules, de ses tissus, de ses marqueurs moléculaires, explique Eric Gilson. Il n’y a pas une façon universelle de le mesurer. Pas encore.”
Rajeunir des cellules, oui. Rajeunir un humain…
C’est sur ce terrain que Bryan Johnson a beaucoup fait parler ces dernières années. En 2023, l’entrepreneur américain a raconté avoir subi une série d’échanges plasmatiques sanguins d’un litre chacun, dont l’un avec le plasma sanguin de son fils Talmage, alors âgé de 17 ans, dans un protocole de “tri-génération” qui impliquait aussi son père, Richard, 70 ans.
L’idée était de voir si un plasma plus jeune pouvait aider à ralentir certains marqueurs du vieillissement, ou même à “réparer” un organisme vieillissant.
Et sur ce point…l’idée n’est pas complètement folle, seulement entièrement extrapolée. “On sait qu’il y a des facteurs dans le plasma du sang qui sont favorables à la jeunesse, explique Éric Gilson. Des expériences de parabiose chez la souris ont montré qu’en reliant la circulation d’un animal jeune et d’un animal âgé, certains effets de rajeunissement peuvent apparaître. Mais ce qui est observé chez la souris ne se transpose pas mécaniquement à l’humain.
Faire du transfert de plasma, c’est très dangereux, notamment à cause du risque de non-compatibilité, de transmission d’agents infectieux ou de complications imprévues rendant l’approche inacceptable en routine clinique.” Ces facteurs circulants constituent plutôt une piste de recherche intéressante, qu’un traitement anti-âge validé. Une autre piste avancée par certains : la reprogrammation cellulaire. Il s’agit de “faire repartir” une cellule vers un état plus jeune grâce à des facteurs de transcription.
“Oui, la cellule peut être ramenée vers un état plus jeune en laboratoire, explique le chercheur. Mais la limite est immense : cette plasticité est aussi au cœur de certains mécanismes cancéreux. Le rajeunissement cellulaire n’est pas un bouton qu’on actionne sans conséquence, c’est une manipulation qui touche à l’équilibre même de la cellule.” A tout cela s’ajoute un énième verrou, souvent oublié dans les récits d’immortalité : toutes les composantes du vieillissement ne sont pas réversibles. L’ADN en est le bon exemple. “L’ADN, par exemple, accumule au fil du temps des mutations aléatoires que l’on ne sait pas effacer. La reprogrammation agit sur l’épigénome, pas sur ces lésions génétiques”, résume le chercheur.
Voilà pourquoi la recherche s’oriente aussi vers une autre stratégie : mieux protéger les cellules, renforcer les systèmes de réparation de l’ADN naturellement présents dans l’organisme, prévenir les dommages plutôt que de prétendre les annuler.
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Le vrai but : mieux vieillir
Les stratégies de recherche sérieuse s’orientent vers une ambition plus modeste et plus solide : retarder l’apparition des maladies du vieillissement. “L’objectif, c’est de vieillir en bonne santé, pas de vivre jusqu’à 300 ans, dit Éric Gilson. Peut-être éviter, ou au moins retarder, la cascade de pathologies qui accompagne l’âge comme les troubles cardiovasculaires, les maladies neurodégénératives, ou certains cancers.”
C’est aussi pour cela que le vieillissement est devenu un objet central de la médecine contemporaine. On vit plus longtemps, mais souvent avec plus de maladies. La question n’est donc plus seulement d’allonger la durée de vie, mais d’augmenter la durée de vie en bonne santé. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit d’ailleurs la santé comme “un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consistant pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité”. “La plupart des maladies qui sont présentes dans nos hôpitaux sont des maladies liées au vieillissement, rappelle le chercheur. D’où l’intérêt croissant pour des approches plus fines, plus personnalisées, fondées sur l’âge biologique, la prévention et les mécanismes communs aux grandes pathologies de l’âge.”
Le vieillissement restera sans doute inévitable. Mais il n’a pas forcément vocation à être traité comme une maladie à soigner. “Des Grecs anciens aux milliardaires de la Silicon Valley, le désir de repousser la mort n’a finalement jamais disparu”, conclut Eric Gilson. La peur de vieillir en dit peut-être moins sur notre refus des rides, et plus sur notre refus de perdre ce qui fait notre identité : notre autonomie, notre mémoire, nos proches, notre capacité à agir sur le monde. La science avance avec davantage d’humilité. Elle ne cherche pas à suspendre le temps, mais à comprendre comment il agit sur nos cellules pour que les années supplémentaires soient aussi des années en meilleure santé. Si vieillir reste inévitable, la manière dont nous vieillissons, elle, n’est peut-être pas entièrement écrite.
Source:
www.sciencesetavenir.fr




