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Les catapultes du Charles de Gaulle sont américaines, nos fusils sont allemands et nos munitions israéliennes… Le rapport qui alerte sur la dangereuse dépendance de l'armée française aux pays étrangers

La France s’est fortement appuyée sur la mondialisation pour équiper son armée, ce qui la rend aujourd’hui dépendante de l’étranger, notamment des États-Unis, pour des équipements clés, y compris les plus stratégiques. Résultat: des choix budgétaires passés fragilisent désormais sa souveraineté militaire, jusque dans des domaines essentiels comme les armes légères et les munitions.

La France a-t-elle trop fait le pari de la mondialisation pour équiper son armée? C’est le constat qui dérange, mais que les députés François Cormier-Bouligeon (Renaissance) et Aurélien Saintoul (LFI) assument pleinement: le pays reste fortement dépendant de l’étranger pour des équipements militaires clés. Dans un rapport parlementaire de 157 pages, les deux élus pointent une série de fragilités industrielles héritées de choix passés et appellent à un sursaut rapide.

Premier enseignement du rapport: les dépendances les plus critiques concernent des équipements à haute valeur technologique. Et dans ce domaine, un acteur s’impose largement: les États-Unis. Systèmes de lance-roquettes, équipements embarqués, ou encore avions de surveillance de type AWACS… autant de matériels où la France s’appuie sur des solutions étrangères, faute d’alternative nationale immédiatement disponible.

Les AWACS de l’Otan arriveront en fin de vie à l’horizon 2035. © OTAN

Le cas du porte-avions Charles de Gaulle est emblématique: ses catapultes à vapeur sont d’origine américaine, fournies par le fabricant General Atomics, tout comme celles, électromagnétiques, prévues pour son successeur La France Libre. Même logique pour les AWACS, dont la complexité radar rend toute production nationale difficile à court terme. La France va remplacer ses avions-radars vieillissants et a décidé d’acquérir des avions suédois. Ils vont remplacer une flotte d’AWACS qui dataient de 1991 et qui étaient des 707 de Boeing adaptés.

Résultat: une dépendance assumée, mais subie, dictée par l’avance technologique américaine.

Des choix budgétaires qui coûtent cher aujourd’hui

Mais le rapport va plus loin. Il met en lumière une autre dépendance, moins visible mais tout aussi problématique: celle qui concerne des équipements simples. Munitions, armes légères, drones tactiques… Ici, la France a fait un pari risqué: importer plutôt que produire. À l’époque, l’équation était simple, il s’agissait de réduire les coûts. Aujourd’hui, elle se retourne contre l’État, selon les parlementaires.

Le symbole de ce déclassement industriel tient en un mot: FAMAS. Longtemps fleuron de l’armement français, ce fusil d’assaut a disparu progressivement des rangs de l’armée, remplacé par le HK416 de l’allemand Heckler & Koch.

Un soldat tenant un fusil d'assaut Heckler & Koch HK416 attend la visite du président français au poste de commandement militaire lors de l'exercice Orion 2026 à Mailly-le-Camp, dans l'est de la France, le 30 avril 2026.
Un soldat tenant un fusil d’assaut Heckler & Koch HK416 attend la visite du président français au poste de commandement militaire lors de l’exercice Orion 2026 à Mailly-le-Camp, dans l’est de la France, le 30 avril 2026. © AFP

En cause: la fermeture, en 2001, de la manufacture d’armes de Saint-Étienne. Depuis, la France importe l’essentiel de ses armes légères depuis ses voisins européens… et les États-Unis. La France n’est plus autonome pour équiper ses propres soldats.

Munitions: une dépendance critique sous-estimée

C’est sans doute le point le plus alarmant du rapport. La dernière usine française, GIAT Le Mans, a fermé en 1999. L’entreprise Manurhin, spécialisée dans les machines de production de munitions, a été vendue à un groupe étranger en 2018. Toute la chaîne de production nationale a donc été démantelée. Depuis, la France dépend entièrement de fournisseurs étrangers comme l’Allemagne, Israël ou les États-Unis notamment.

Le sujet a ressurgi récemment autour des munitions de 5,56 mm, utilisées dans les fusils d’assaut. Un produit basique en apparence… mais indispensable. Certaines fournitures proviennent du groupe israélien Elbit Systems, choisi pour la qualité de ses munitions qui moins abrasives pour les armes.

Un avion de chasse Rafale français est catapulté du porte-avions français Charles de Gaulle, au large des côtes orientales de Chypre, en mer Méditerranée, le 10 février 2020. Les catapultes à vapeur du porte-avions tricolore sont fournies par les Etats-Unis.
Un avion de chasse Rafale français est catapulté du porte-avions français Charles de Gaulle, au large des côtes orientales de Chypre, en mer Méditerranée, le 10 février 2020. Les catapultes à vapeur du porte-avions tricolore sont fournies par les Etats-Unis. © AFP

« Le choix du fournisseur israélien s’explique par la qualité supérieure des munitions, lesquelles entraîneraient une moindre usure des armes, reconnait le rapporteur Aurélien Saintoul. Pour autant, des considérations politiques m’amènent à contester le maintien de cette dépendance. Les informations récentes du Jerusalem Post, évoquant la possibilité d’une cessation des livraisons israéliennes aux armées françaises, y compris en munitions de 5,56 millimètres, illustrent concrètement la fragilité de la situation. » Donc, en cas de tensions diplomatiques, l’approvisionnement peut être interrompu.

Au-delà des équipements eux-mêmes, le rapport insiste sur un angle souvent négligé: le maintien en condition opérationnelle. Autrement dit, la capacité à réparer, entretenir et maintenir les équipements dans la durée. Or cela suppose des pièces détachées disponibles, un accès aux données techniques et des capacités industrielles locales. Mais là encore, la dépendance étrangère fragilise l’ensemble du système.

Un virage stratégique mais encore insuffisant

Face à ce constat, l’exécutif commence à réagir. Quand il était encore ministre des Armées Sébastien Lecornu avait fixé un cap: reconstruire une filière nationale des munitions. Un effort budgétaire conséquent est engagé, avec plusieurs milliards d’euros supplémentaires dans le cadre de la loi de programmation militaire.

Un effort supplémentaire de 8,5 milliards d’euros a été annoncé en faveur des munitions, venant s’ajouter aux 16 milliards d’euros déjà votés dans le cadre de la loi de programmation militaire. Un projet baptisé « France Munitions » doit permettre de relocaliser la production comme les balles, les poudres et les amorces sur le territoire national.

Le message des rapporteurs est clair: la question n’est plus seulement économique. Pendant des années, importer coûtait moins cher. Mais dans un contexte de tensions internationales, la souveraineté a un prix et l’absence de souveraineté en a un encore plus élevé. La France dispose encore des compétences pour reconstruire ses filières. Mais le temps presse.


Source:

www.bfmtv.com

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