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Les détroits dans le monde: le Bosphore et les Dardanelles, verrous stratégiques de la Turquie

Contrôlés par la Turquie qui en a fait un instrument majeur de sa puissance régionale, le Bosphore et les Dardanelles sont pour elle d’une importance cruciale, notamment parce qu’ils forment un double verrou entre la Méditerranée et la mer Noire.

Les navires qui souhaitent sortir ou entrer dans la mer Noire doivent en effet passer par le détroit des Dardanelles, long de 60 kilomètres, puis par celui du Bosphore, d’une longueur d’environ 30 kilomètres. Plusieurs dizaines de milliers de navires les empruntent tous les ans, alors que c’est par cette voie que s’écoule également une grande partie du pétrole russe et des céréales ukrainiennes. Le Bosphore et les Dardanelles jouent donc un rôle crucial pour l’économie mondiale mais aussi pour les équilibres géostratégiques dans la région. La guerre en Ukraine, tout récemment, en a donné l’éclatante illustration.

Ankara ferme les détroits aux navires militaires

Nous sommes le 28 février 2022, la Russie veut utiliser les détroits pour renforcer son dispositif en mer Noire. Plusieurs de ses navires se trouvent alors en Méditerranée, mais ils devront faire demi-tour car la Turquie s’oppose à leur passage. Certains observateurs estiment d’ailleurs que c’est cette décision qui a empêché la Russie de lancer une opération amphibie sur la ville d’Odessa, ce qui a été absolument décisif pour la suite du conflit. La Russie proteste mais doit s’incliner car la Turquie a, depuis 1936 et la fameuse convention de Montreux, le droit de fermer les détroits aux navires de guerre en cas de conflit. Cela vaut pour Moscou mais aussi pour les navires occidentaux. En 2023, Ankara refuse ainsi à des navires britanniques de franchir le Bosphore et les Dardanelles alors qu’ils souhaitaient venir en aide à l’Ukraine pour des opérations de déminage. 

Un rôle d’équilibre assumé par Ankara

La Russie n’est d’ailleurs pas forcément hostile à ce rôle joué par Ankara du fait que ce double verrou lui garantit que l’Otan ne pourra pas déployer une force navale trop importante en mer Noire, même si la Turquie est membre de l’Alliance atlantique. Ankara insiste d’ailleurs sur ce point : son rôle est d’équilibrer les forces en présence pour éviter que la mer Noire ne devienne une zone instable comme l’est aujourd’hui le Moyen-Orient.

La bataille des Dardanelles en 1915, symbole du rôle géostratégique des détroits 

Échec majeur des alliés britannique et français qui souhaitaient s’emparer des deux détroits en 1915 pour venir en aide à la Russie tsariste, la bataille des Dardanelles fut l’une des plus meurtrières de la Premier Guerre mondiale. Côté turc, il s’agit d’ailleurs d’une victoire que l’on célèbre aujourd’hui encore.

La presse américaine s’est, elle, souvenue de ce précédent lorsque Donald Trump a envisagé de s’emparer du détroit d’Ormuz par la force dans le contexte de la guerre avec l’Iran. « Trump ne doit pas refaire l’erreur des Britanniques en 1915 » pouvait-on lire ainsi dans les colonnes du New York Times en mars dernier.

Dans un deuxième parallèle avec ces détroits, la presse américaine a également souligné récemment que la convention de Montreux, qui confère à la Turquie un rôle de gardien des détroits en échange duquel elle y garantit le passage des navires commerciaux sans droit de péage, pourrait bien servir d’inspiration pour le détroit d’Ormuz. Une différence de taille est cependant à noter entre les deux situations : alors que la Turquie est le seul pays à contrôler le Bosphore et les Dardanelles, l’Iran doit composer avec Oman en ce qui concerne le détroit d’Ormuz. 

À lire aussiLes détroits dans le monde: Ormuz, arme stratégique de guerre


Source:

www.rfi.fr

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