Notre série consacrée aux détroits s’arrête dans l’un des passages les plus sensibles de la planète : celui qui sépare la Chine de Taïwan, l’île indépendante de fait que Pékin souhaite récupérer, par la force si nécessaire. Exercices militaires, blocus, semi-conducteurs…. Cet étroit passage de 180 kilomètres de large est une immense zone de tensions, mais il est aussi essentiel au bon fonctionnement de l’économie mondiale.
Vous avez peut-être ressenti, ces dernières semaines, les conséquences des tensions autour du détroit d’Ormuz (hausse des prix du pétrole, inquiétudes sur le transport maritime). Sachez que selon de nombreux experts, un blocage du détroit de Taïwan aurait des conséquences encore bien plus lourdes. D’abord car le détroit de Taïwan est une autoroute du commerce mondial. Près de 20% du trafic international y transite. Beaucoup de pétroliers venus du Moyen-Orient approvisionnent en énergie les économies asiatiques, la Chine, la Corée du Sud, le Japon.
Pour mesurer son importance, une étude de Bloomberg montrait qu’en 2022, près d’un cargo sur deux dans le monde avait franchi le détroit au cours des sept premiers mois de l’année. Alors, il y a bien un moyen de contourner le détroit : passer par la côte est de Taïwan. Mais voilà, c’est plus long… Sans compter la météo capricieuse avec de potentiels typhons.
Un détroit stratégique pour les semi-conducteurs
Taïwan est leader mondial dans ce domaine. De nombreuses usines se trouvent sur la côte ouest de l’île qui fait face à la Chine, du côté du détroit donc. En tout, Taïwan produit 90% des semi-conducteurs de pointe de la planète. Ils sont essentiels pour nos ordinateurs, nos téléphones, mais aussi pour les capacités de calcul de l’intelligence artificielle. Taïwan en a fait sa force, mais aussi sa meilleure protection face à une invasion chinoise car en cas de conflit, le choc serait immense pour l’économie de la planète. On estime que le PIB mondial pourrait se contracter de 5 à 10%.
Le scénario d’un blocus du détroit
Ces dernières années, la Chine a organisé des exercices d’encerclement de l’île, le dernier de taille en décembre et un autre en avril dernier. Avant même que l’Iran ne démontre l’avantage stratégique de bloquer un détroit, Pékin avait bien identifié ce moyen de pression. L’avantage pour la Chine est double : faire tomber l’île sans envoyer de troupes au sol, mais aussi de rendre toute intervention américaine nettement plus compliquée si Pékin tentait d’envahir Taïwan.
La géographie, un obstacle à une offensive chinoise
Et ce malgré l’écrasante supériorité de l’armée chinoise. Une opération militaire serait compliquée d’abord parce que le détroit de Taïwan est relativement large (130 km en son point le plus étroit, loin des 65 de Malacca et des près de 40 d’Ormuz). Cela implique une traversée assez longue pour les navires de guerre chinois, faciles à cibler pour les défenses Taïwanaises. Et puis la météo est capricieuse, deux saisons de moussons, les typhons. Une invasion n’est possible que durant quelques mois de l’année. Enfin, ce détroit est aussi assez peu profond, notamment proche des côtes Taïwanaises, compliquant un débarquement auquel la Chine continue pourtant de se préparer.
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Source:
www.rfi.fr




