C’est un “coup de maître”, un véritable “triomphe” pour le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, estime The New York Times.
Les États-Unis ont annoncé mercredi 22 juillet avoir signé avec l’Arabie saoudite un accord – “longtemps recherché” par Riyad –, pour doter le royaume d’un programme nucléaire civil, rapporte le quotidien américain. Le partenariat conclu entre les deux pays permettra “de développer les exportations américaines de technologies nucléaires” et de “créer des emplois bien rémunérés aux États-Unis”, est-il précisé dans le document. Il ouvre la voie à la construction de centrales nucléaires en Arabie saoudite, qui dépend pour l’heure des centrales au gaz et au pétrole pour produire son électricité.
L’accord sur le nucléaire civil “permettrait à l’Arabie saoudite d’enrichir de l’uranium sur son sol”, note le Times. Des responsables américains proches du dossier ont précisé au journal que “pour parvenir à cet accord”, Donald Trump aurait accepté “qu’à l’issue d’une étude conjointe sur la viabilité économique de la production de combustible nucléaire, l’Arabie saoudite puisse être autorisée à enrichir de l’uranium ou à retraiter du plutonium sur son territoire”.
Des sources américaines ont assuré au Washington Post que le nouvel accord était “assorti de garanties destinées à empêcher l’Arabie saoudite d’enrichir du combustible nucléaire jusqu’au niveau requis pour fabriquer une arme nucléaire”. Elles reconnaissent toutefois que le document signé mercredi “comporte une dérogation exemptant le royaume des inspections internationales renforcées habituellement exigées dans les accords portant sur des réacteurs nucléaires conclus avec d’autres pays, notamment les Émirats arabes unis”.
À la place, précise The Washington Post, “les inspections les plus sensibles seraient menées par des équipes américaines, selon les modalités prévues par l’accord, dont les grandes lignes ont été élaborées lors de la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane à Washington en novembre”.
Le texte signé mercredi par le ministre américain de l’Énergie, Chris Wright et son homologue saoudien le prince Abdulaziz ben Salmane doit encore être soumis au Congrès américain à majorité républicaine. Celui-ci devrait en principe approuver l’accord, souligne The Hill.
Le risque d’une “course aux armements au Moyen-Orient”
Cela faisait “plus de cinq ans” que Riyad “tentait de conclure un tel accord”, explique The New York Times. Le royaume saoudien s’était “heurté jusqu’ici à l’opposition de responsables américains et d’experts inquiets que ce pays du Golfe ne puisse utiliser cette technologie pour chercher à se doter de l’arme nucléaire, ce qui risquerait de déclencher une nouvelle course aux armements au Moyen-Orient”.
Le quotidien conservateur The Wall Street Journal redoute que l’accord américano-saoudien n’ouvre la porte à des demandes similaires de la part d’autres pays de la région. “Il faut s’attendre à ce que la Turquie et l’Égypte viennent à leur tour réclamer un accord. Or l’on sait à quel point [Trump] répugne à dire non à Recep Tayyip Erdogan, le président turc. Et pourquoi les Émirats arabes unis, qui ont été un allié bien plus fiable des États-Unis que l’Arabie saoudite pendant la guerre avec l’Iran, accepteraient-ils désormais d’être les seuls à respecter les règles [sur le nucléaire] ? ”, s’interroge le comité éditorial du journal. “Il sera désormais bien plus difficile d’empêcher la prolifération des capacités d’enrichissement d’uranium dans cette région instable.”
Cet accord américano-saoudien est “une erreur”, conclut The Wall Street Journal. “Pourquoi l’Arabie saoudite a-t-elle besoin d’enrichir de l’uranium sur son territoire ? La réponse est simple : elle n’en a pas besoin, à moins de vouloir établir les prémices d’un programme d’armement nucléaire par précaution. La question plus complexe est de savoir pourquoi l’administration Trump cautionne cette pratique”.
Source:
www.courrierinternational.com




