Campus love story. La narratrice, Jordan, a droit à la lecture à haute voix de son devoir – exercice de pastiche du philosophe élisabéthain Bacon – par le professeur. Le prof y met le ton, en faisant ressortir tout l’humour. Jordan la discrète, assise derrière, s’est fait remarquer. Après l’épisode, l’un des « deux types brillants […] toujours ensemble au premier rang » qu’elle n’avait toujours vu que de dos, migre vers le fond de la classe et s’assoit à côté d’elle. Ce garçon aux cheveux châtain cuivré, Sam, semble s’intéresser à elle. Un jour, il l’accompagne au module de design moderne, l’invite à dîner puis chez lui. Dans la maison qu’il partage avec Yash, Jordan fait la connaissance de cet alter ego de Sam, brun à la queue-de-cheval. Mais elle n’a d’yeux que pour Sam qui l’impressionne par sa puissance d’analyse et ses références. Les citations fusent, les mots d’esprit et autres joutes verbales constituent la bande-son du farniente étudiant.
Née en 1963, la romancière américaine Lily King restitue l’ambiance des campus de la génération X, avec cet élitisme assumé qui frise le verbiage et ces relations qui se nouaient encore, bien que les téléphones portables existassent, assez loin des écrans, plus par le hasard des rencontres. Jordan et Sam sortent ensemble, nonobstant les premières réticences de Sam à faire l’amour du fait de ses convictions religieuses. Ce qui résiste attise aussi. Jordan passe outre la pruderie de son boyfriend, sa raideur intellectuelle commence en revanche à l’éloigner de lui. La narratrice passe de plus en plus de temps avec Yash. Celui-ci mentionne à Jordan une nouvelle, dont une scène l’a particulièrement marqué : « C’est comme un long adieu, plein de douceur. » Ces mots sibyllins pourraient également résumer ce nouveau roman de l’autrice de La pluie et le beau temps (Presse de la Cité, 2012).
À cœur, l’amant se lit avec l’appétence de cette narratrice prompte à croquer la vie. La première partie du livre passe vite comme la jeunesse, les pages qui suivent se lestent des enfants, des soucis, de la maladie, de la mort. Et il est un âge où ces amours qu’on croyait mortes, ces sentiments enfouis qu’on ne soupçonnait pas si forts, reviennent sans prévenir pour se venger de notre oubli. Les ruptures, quand on est jeune, on croit ne pas y survivre puis on passe à autre chose, on n’y songe plus. Mais les chagrins d’amour sont des bombes à retardement, voire à fragmentation. Ils sont encore de l’amour. Quand la déflagration se produit à nouveau, on y retrouve les premiers feux qui nous avaient tant éblouis.
Lily KingÀ cœur, l’amantAlbin MichelTraduit de l’anglais (États-Unis) par Marina BorasoTirage: 9 000 ex.Prix: 21,90 € ; 288 p.ISBN: 9782226509604
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