Héritière d’une lignée de neuf générations enracinées en Corse et d’une tradition familiale de botanique transmise de mère en fille, Maria Battaglia a fondé avec sa sœur Marie deux marques complémentaires — Maria Battaglia pour la joaillerie et Casanera pour les cosmétiques et parfums — qui incarnent une vision de l’excellence corse fondée sur les circuits courts et les matières premières endémiques.
Ouvertes en 2010 à Calvi et Bastia dans une période où les concept-stores n’existaient pas, les boutiques ont conquis le continent avec des implantations à Paris, Aix et désormais Marseille, ainsi que cinq points de vente au Printemps — une reconnaissance que Maria Battaglia résume simplement : « Quand le Printemps vous appelle, vous pouvez vous dire que vous êtes sur la bonne voie. »
La collection de joaillerie — colliers, bagues, bracelets, boucles d’oreille aux noms corses et méditerranéens (Altore, Filetta, Medusa…) — repose sur une logique de transmission et de pérennité : pas plus de deux nouveaux modèles par an, des prix accessibles, et un atelier de joaillerie prévu pour 2027.
Sur la route menant à Calvi, un petit dérapage. En empruntant une voie escarpée, on parvient au vrai et au réel. Bienvenue chez Maria Battaglia, la femme de trente ans, comme dans un roman de Balzac, dans un univers des correspondances, qui concilie l’exigence, la beauté, la poésie en sacralisant l’âme corse à travers ses créations : Maria Battaglia pour la joaillerie et Casanera pour les senteurs, les huiles essentielles, les produits cosmétiques. On songe à la quinta essentia, « la cinquième essence » inventée par Aristote et recherchée par les alchimistes. De l’élégance, rien que de l’élégance, toujours de l’élégance !
Il y va de l’ordre du divin, c’est-à-dire de l’ordre où les choses s’harmonisent. Les éléments se respectent en se plaçant à des distances équilibrées. Casanera et Maria Battaglia savent se distinguer, tout en fusionnant. Le paradoxe est bel et bien insulaire ! Lors de l’entretien avec Maria, on lit immédiatement dans ses yeux la même fougue, la même passion à défendre quelque chose qui dépasse le cadre administratif de la simple entreprise. Il faut sortir des marges pour imaginer un véritable projet patrimonial, familial, affectif. Maria Battaglia sait le temps long, l’effort nécessaire, le travail, les combats à endurer pour atteindre l’excellence. Aussi bien pour la gamme cosmétique Casanera que pour la joaillerie Maria Battaglia, la réalisation du chemin est rigoureuse. Au quotidien, on pousse, on déplace des rochers, on sculpte. Orphée charmant les fauves et la panthère parfumée. L’entreprise de prestige est un travail d’orfèvre.

L’histoire est ancienne, très ancienne, il faut la raconter. Avec sa sœur Marie, la directrice artistique qui a créé Casanera, Maria fait partie de la neuvième génération installée en Corse. Une histoire de femmes enracinées : « Avec ma sœur, nous avons été élevées dans une nature omniprésente grâce à une arrière-grand-mère, une grand-mère et une mère passionnées de botanique. Nous avons eu la chance d’hériter de cette passion et surtout de leur savoir-faire notamment sur l’utilisation des plantes dans divers domaines comme la gastronomie, la santé et la cosmétique. »
L’aventure se poursuit et se peaufine avec la mère de Maria et de Marie qui tiendra une herboristerie à Calvi dans les années 80 : « Cela s’appelait « Calvi Nature » ! Ma mère fabriquait déjà ses propres cosmétiques. Elle avait ce souci pour la naturalité, le bio, elle utilisait les plantes endémiques comme l’immortelle, le ciste, le lentisque qui ont des vertus extraordinaires pour la peau… Nous avons eu la chance de baigner dans cet univers et lorsque ma sœur a ouvert un Relais & Châteaux avec son époux en 2008, elle a créé Casanera au sein de l’établissement. Avec ma mère, elles ont élaboré une première ligne de soins pour offrir une expérience immersive aux clients de l’hôtel. L’idée était d’avoir une continuité dans le séjour insulaire, de le prolonger autrement. »
À cette époque, Maria est étudiante à Paris. L’appel de la Corse se fait vivement ressentir et l’on songe aux paroles de « Peut-être qu’un jour » d’Antoine Ciosi, où Lumio a remplacé Porto-Vecchio. Alors, il y a justement ce « parfum du maquis » qui irradie Maria en permanence : « De retour en Corse, ma sœur avait terminé les grandes lignes de la marque. Nous avons toujours été habituées à travailler en famille et je l’ai rejointe tout naturellement dans l’aventure. Ensemble, nous avons développé le concept pour créer « les écrins noirs » où se mêlent senteurs, parfums et cosmétiques. »
2010 marque l’ouverture des premières boutiques à Calvi et Bastia, dans une période où « les concept-stores n’existaient pas, l’idée était de proposer une association un peu étonnante, entre les parfums et les bijoux. » Le succès est immédiat, la marque s’impose, fait sensation. Les femmes en parlent dans toutes les artères des villes de Corse, à la terrasse des cafés car Casanera les symbolise, les incarne, mieux, elle leur ressemble. Un magnifique reflet dans le miroir de l’âme insulaire, un éclat, un fragment de sublime. C’est un parchemin, un texte qui veut s’inscrire dans la durée, le temps, toujours le temps. Une quinzaine d’années plus tard, « le fil rouge » est le même, celui d’évoquer la beauté, la féminité : « C’est une ode à la Corse. Notre objectif est de mettre en valeur l’excellence corse. Que cela soit avec nos partenaires, avec l’histoire que raconte chaque produit, le voyage sensoriel et émotionnel que l’on veut partager avec nos clients. »
Pour créer, Maria et Marie sont guidées par leurs inspirations du moment, un peu comme cette luminosité qui ne sera jamais la même en Corse à travers des reliefs, des nuances, des ombres, des tons prenant sans cesse la forme de nouvelles figures. Il faut définir, penser, oser une histoire qui correspondra aux attentes, aux désirs, aux rythmes d’une femme. La parure, le parfum subliment la panoplie, donnant une nouvelle dimension au corps qui se déplace comme Homère le racontait pour Hélène, « celle qui ne laissait pas de traces dans le sable. » Et dans ce schéma, la Corse, le « Paradeisos » de Maria : « C’est notre île, nos racines, c’est organique. La Corse représente une source d’inspirations infinie. Cela n’a jamais été un travail pour nous, mais une passion… On ne fait pas de concession sur la qualité. Nos produits sont directement issus de notre environnement. Nous n’utilisons que des matières premières d’extrême qualité auprès de partenaires que nous avons sélectionnés pour leur savoir-faire. La production est totalement locale, la valorisation des circuits courts est un engagement prioritaire pour nous. »
Les deux sœurs agissent de façon complémentaire avec la minutie de l’orfèvre, Marie pour les cosmétiques, Maria pour les bijoux. Deux M pour cette Maison de l’élégance et du charme, deux lignes créatrices fortes. Et toujours la notion d’héritage, de la transmission : « La fibre artistique vient de nos parents, notre père, Jo Ricco était chanteur, notre mère, Josette était peintre. Nous avons été élevées avec nos frères et sœurs dans un univers culturel foisonnant. » L’art se mêlant au terroir en Balagne se dégage une géographie des sens, des sentiments, des liens faisant que la frontière est des plus minces entre l’artiste et l’artisan.
Une véritable ambassade de la Corse à l’extérieur
À présent, il convient de gravir encore les échelons, de repousser les limites du rayonnement à l’international de ce fleuron de l’entreprise corse qui fait vivre aujourd’hui une quarantaine de personnes. Et l’agenda devient plus chargé. Maria veille au grain, supervise la production, gère les aléas, la logistique, la communication. Elle bouge, innove, elle impose un mouvement qui est nécessaire pour développer la marque au niveau national et davantage à l’international. La cheffe d’entreprise établit ses plans d’actions, ses stratégies comme sur un champ de bataille. Il faut frapper, frapper fort pour captiver l’attention. La séduction, l’élégance sont aussi des rapports de force : « En Corse, nous sommes très bien implantés avec un maillage qui nous permet d’être présents à Calvi, Bastia mais aussi à Porto-Vecchio, Ajaccio et Bonifacio. Il y a eu beaucoup de travail car un concept, une marque ne se développent pas en un simple claquement de doigts. Aujourd’hui, faire émerger une marque de prestige 100% familiale au sein d’un environnement constitué de mastodontes, serait plus compliqué qu’il y a une quinzaine d’années. Nous avons su, à mon avis, prendre le bon virage en optant pour le numérique à travers la vente en ligne sur la Toile. Il nous reste, une petite phase de restructuration à mener jusqu’à la fin de l’année. Cet élément nous permettra d’activer ensuite pleinement le développement au national et à l’international. »
Et l’ouverture, le 23 avril dernier d’une troisième boutique sur le continent après Aix et Paris, à Marseille, participe de la stratégie impulsée par Maria Battaglia : « À Marseille, nous nous sommes associées avec Edouard Frojo, un joaillier très renommé. Dans ce cas précis, c’est une maison familiale qui partage des valeurs identiques aux nôtres comme la transmission. Ce partenariat s’imposait comme une évidence et une belle opportunité de s’installer dans une région cible puisqu’entre Aix et Marseille, on trouve davantage de Corses que dans l’île. » Mais le public-cible a vocation à s’étendre au-delà des Corses et des amis de la Corse grâce à de grands enseignes comme Le Printemps : « C’est notre nouvel allié à travers cinq points de vente. » Et il n’y pas de hasard ! Pour obtenir une telle reconnaissance de la part de ces prestigieux distributeurs, l’excellence doit être au-rendez-vous : « Que cela soit Le Bon Marché ou le Printemps, ce sont eux qui viennent vers nous et on ne peut les démarcher. On peut les approcher, mais il faut savoir que les grands magasins restent avant tout des incubateurs de tendance. Leur grande force est de trouver des produits exclusifs pour faire la différence avec leurs concurrents. Et quand le Printemps vous appelle, vous pouvez vous dire que c’est un très bon indicateur, que vous êtes sur la bonne voie. D’ailleurs, il s’implique très fortement dans notre développement, dans notre stratégie. »
Et les ambitions ne manqueront pas à travers le renforcement de la distribution, mais aussi la création d’un atelier de joaillerie : « Cela fait partie des grands projets qui débuteront en 2027 comme la mise en place de nouvelles boutiques, mais nous restons pour le moment concentrer sur 2026 avec l’objectif de consolider nos positions. »
Une joaillerie identitaire
Retour à l’imaginaire et au rêve avec la collection de Maria Battaglia : colliers, bagues, bracelets, pendentifs, boucles d’oreille… Toute la gamme fait ressortir la finesse des traits, la légèreté, l’insouciance et le caractère de l’île. Les noms fleurent la Corse, sa nature, son histoire mais aussi la Méditerranée, ses empreintes gréco-latine et chrétienne : Altore, Filetta, Mariuccia, Muredda, Medusa… Maria évoque, dans ses œuvres puissantes et bouleversantes, les instants, les récits. À les observer de près, ses bijoux changeraient le monde. Elle remet au goût du jour les légendes et les mythes à travers le corail engendré par Méduse, la Gorgone dont la tête fut tranchée par Persée, le fils de Zeus et de Danaé d’Argos, l’amoureux libérateur d’Andromède, « la souveraine des hommes ».
La collection doit conserver son authenticité, son caractère : « Pour rester iconique, il ne faut pas sortir plus de deux modèles par an, c’est du moins mon sentiment. Avec la joaillerie, je veux m’inscrire dans une logique de pérennité, de transmission, de bijoux qui vont se garder, se porter tous les jours. Derrière chaque bijou, il y a une histoire, un message et j’apporte énormément d’attention, lors du processus créatif, pour que chaque pièce soit élaborée de la manière la plus aboutie. Cela prend beaucoup de temps pour imaginer des modèles qui seront à la fois nouveaux et à la fois accessibles car nous sommes sur une ligne de joaillerie fine. Je veux rester dans ce positionnement car le but est que nos clientes puissent continuer à s’offrir nos bijoux. Et c’est pareil pour Casanera, tout l’enjeu consiste à maintenir des prix équilibrés. »
Et si les mots fusent avec une telle facilité, une telle souplesse, c’est qu’ils ont été sous le charme de produits exceptionnels. Casanera et Maria Battaglia sortent du lot et grandissent la Corse, lui redonnent une fertilité abondante, gracieuse et surtout impérieuse. Impériales !
Source:
www.revueconflits.com



