Une double secousse sismique, la plus importante que le Venezuela ait connue depuis plus d’un siècle, suivie d’une vingtaine de répliques a fait selon un premier bilan provisoire au moins 164 morts et près de 1 000 blessés.La zone la plus durement touchée est la région de la Guaira, au nord de la capitale Caracas, où se trouvent notamment l’aéroport international de Maiquetia qui a été fermé car fortement endommagé, et la ville côtière de Catia la Mar, où plusieurs immeubles se sont effondrés comme l’a constaté, Alice Campaignolle, correspondante de RFI et de France Culture au Venezuela.Je reviens à peine de la Guaira la zone qui a été le plus affectée. Une ville côtière située à quelques kilomètres de Caracas. Et là bas, c’est vraiment la dévastation. C’est le chaos le plus total. Il y a des quartiers entiers où il n’y a plus un seul immeuble debout. Les quelques proches qui s’aventurent à sortir, regardent les bâtiments et espèrent peut être qu’il y ait des survivants à l’intérieur, car pour le moment il n y a pas de secours. Quand je commençai moi, à partir de la Guaira, il y avait quelques ambulances qui commençaient à arriver. Mais toute la nuit, il n’y a pas eu, il n’y a pas eu de secours, personne pour aider les gens enfermés sous les décombres. Donc, une situation vraiment terrible là bas et où, il n’y a pas de doute, le bilan humain sera très lourd.
Du monde entier et d’Amérique latine, de l’aide est proposée au Venezuela
Peu après les dernières répliques, la présidente par intérim vénézuélienne Delcy Rodriguez a reçu un appel téléphonique de la part du secrétaire d’État américain Marco Rubio, saluant la « solidarité » des États-Unis et d’ajouter « Nous apprécions ce témoignage de solidarité avec le Venezuela pendant cette période difficile ». Washington qui n’a pas tardé à proposer son aide. Une correspondance de Nicolas Teillard
C’est sans doute un signe de plus de la nouvelle relation entre Washington et Caracas. Cette réaction immédiate, ostensible, de la diplomatie américaine. Le secrétaire d’Etat Marco Rubio, pourtant en déplacement dans le Golfe, déclare avoir parlé à la présidente vénézuélienne d’Elsie Rodriguez. Ils annoncent toute une série d’aides d’urgence avec le déploiement d’équipes de recherche et de sauvetage, la mise à disposition d’images aériennes et l’organisation de vols vers le Venezuela, alors que l’aéroport de Caracas est très endommagé. Donald Trump, de son côté, exprime sa solidarité avec le formidable peuple vénézuélien et promet, je le cite, d’être aux côtés de nos nouveaux et formidables amis. Six mois après la capture de Nicolas Maduro et avec un régime désormais à sa main, Washington semble bien décidé à ne pas laisser ce drame entraver ses nouveaux liens avec le pouvoir vénézuélien.
L’Iran, qui a été un proche soutien du Venezuela sous l’ancien président Nicolas Maduro, a proposé son aide pour les opérations de secours, après le puissant double séisme qui a frappé le pays d’Amérique du Sud.Le ministère iranien des Affaires étrangères « exprime sa solidarité avec le gouvernement et le peuple du Venezuela, et annonce que l’Iran est prêt à fournir toute l’aide nécessaire aux opérations de secours et de sauvetage ».Egalement mobilisés, l’ Argentine, le Chili, l’ Equateur, le Salvador, le Brésil, le Mexique, Cuba, le Brésil, l’Union européenne, la France, l’Allemagne, l’Inde ainsi que des équipes de secouristes spécialisées coordonnées par l’ONU qui sont en route pour participer aux recherches de personnes piégées sous les décombres
« Au Venezuela, la crise est devenue la norme »
Et cette catastrophe apparaît d’autant plus dramatique, qu’elle frappe un pays déjà considérablement affaibli. Pour prendre la mesure des fragilités du pays, nous avons sollicité Yoletti Bracho, enseignante-chercheuse en Sciences politiques à l’ Université d’Avignon et spécialiste du Venezuela.
» Le Venezuela est soumis à une longue période de crise. Le terme crise semblerait désormais trop exceptionnel par rapport au fait que la crise est devenue plutôt la norme. On va dire. Au Venezuela .L’économie vénézuélienne s’est effondrée à partir de l’année 2013-2014 approximativement, avec la chute des cours des matières premières et aussi les conséquences du coup un peu tardives de la crise de 2008. Et depuis, en fait, il ne s’est jamais remis. Et bien sûr, en fait, tout ça est en fait une crise qui a une origine interne et dans laquelle en fait, les gouvernements chavistes ont une part extrêmement importante de la responsabilité. Mais après, et ça aussi, c’est une variable importante, c’est que le Venezuela vit aussi sous un système de sanctions depuis 2019, qui ont complètement contraint la capacité, en fait, de l’économie vénézuélienne, de se développer. Et en fait, déjà dans la période à partir 2015, quand on commence à parler d’une crise humanitaire au Venezuela, on sait déjà que le système de sanctions participe en fait de la reproduction de cette crise humanitaire. Et l’enjeu aussi central sur place qui est le fait de patrimonialisation de l’Etat. Le fait que l’attachement des gouvernants qui ont délaissé finalement la population et qui ont détruit le système de la sécurité sociale, qui ont détruit en fait les droits de travailleurs, qui ont détruit toutes les protections, les hôpitaux, les écoles, etc. Et c’est sûr que dans un contexte où la population est à ce point laissée à ses propres moyens, quand une catastrophe comme celle-ci arrive, ça veut dire aussi qu’en fait on est très vulnérable affectivement face à la situation. Bien sûr qu’il y a des réponses collectives. Là, on voit de toute façon déjà une mobilisation, en fait des pompiers. Et pas que des hommes et femmes en uniforme. En fait, on voit aussi dans des vidéos et dans les récits et dans les photos qui sont prises par les amis sur place, il y a voilà les gens lambda qui sont bien sûr déjà en train d’aider à bouger des décombres, en fait, à chercher sous les décombres des personnes qui seraient encore en vie, etc. Mais en tout cas, c’est certain que, en fait, il y a un enjeu structurel beaucoup plus large qui ne peut pas être résolu que par les individus. En fait, la force collective des vénézuéliens, elle est belle, elle l’est toujours, elle a toujours été montrée, elle est toujours présente. Mais en fait, voilà, là on sait, on se retrouve face à face, en situation assez dramatique. »

Un drame en pleine restructuration de la dette
Yolleti Bracho qui précise cette fois que ces circonstances tragiques interviennent à un moment tout à la fois délicat et crucial pour le Venezuela : la renégociation de sa dette, dette colossale.
« Le Financial Times annonce plus de 200 billions de dettes à restructurer, ce qui serait selon le Financial Times, la dette la plus importante jamais restructurée dans l’histoire. Ce qui veut dire qu’en fait, on va se retrouver dans un pays qui vit cette catastrophe, qui n’a pas les moyens de répondre et qui en plus, le fait pile au moment où on décide qu’il faudrait restructurer la dette et que du coup, on va voir encore plus le pays soumis à des pressions économiques importantes pour rerentrer dans les marchés financiers. Tout ça pose beaucoup de questions sur quel va être l’avenir du Venezuela après la crise militaire étasunienne 2 ou 3 janvier, après les dégâts déjà que ça a produit, après l’imposition par la force, des États-Unis, des intérêts sur le pays, on vit ce drame et on se demande voilà quelles vont être les réponses et dans quelle mesure, la population aura véritablement son mot à dire dans les réponses à construire à l’avenir. Là, il y a un état d’urgence qui a été installé. C’est normal, c’est logique. Et je veux dire que c’est une situation, mais pour le coup, certainement de l’appel, mais aussi avec un gouvernement, auquel en fait, moi confiance étant donné que c’est pour le moment, en tout cas, un gouvernement qui n’a pas été légitimé par le vote des vénézuéliens et vénézuéliennes. »

Source:
www.radiofrance.fr



