PolitiqueFigures politiques« Nous cherchons le clivage » : pour 2027, l’ogre Mélenchon mise sur la polarisation

« Nous cherchons le clivage » : pour 2027, l’ogre Mélenchon mise sur la polarisation

RÉCIT. Pendant que le reste de la gauche se déchire sur sa stratégie en vue de 2027, Jean-Luc Mélenchon lance officiellement sa quatrième campagne présidentielle. Un bulldozer électoral qui assume de jouer sur la conflictualité.

Il y a, en sport comme en politique, quelques invariants. Au football, l’adage dit qu’à la fin c’est toujours l’Allemagne qui gagne. À La France insoumise (LFI), c’est Jean-Luc Mélenchon qui finit invariablement par être le candidat à l’Élysée. Ces dernières semaines, ses troupes ont eu beau se cacher derrière un « processus de désignation » aux allures de machine à gaz ou le tribun jurer à nouveau qu’il avait vocation à « être remplacé », le suspens ne trompait pas grand monde. Sans surprise dans ce mouvement où la culture du chef a valeur de talisman, l’ancien sénateur de l’Essonne a officialisé ce dimanche 3 mai sa candidature à l’élection présidentielle.

« Oui, je suis candidat », a confirmé le chef de file insoumis au 20 heures de TF1. « Le contexte et l’urgence ont fixé ma décision. » À 74 ans, l’ancien ministre de Lionel Jospin joue la carte de l’expérience pour justifier sa quatrième course présidentielle. « Nous entrons dans une saison très menacée de l’histoire du monde. Tirer de chaque crise une opportunité pour le pays, ça ne s’improvise pas. » « Regardez bien les visages de l’équipe qui va se déployer, ce sont les visages de notre futur gouvernement », a-t-il ajouté, alors qu’il s’est rendu à TF1 accompagné, entre autres, des députés LFI Manuel Bompard et Clémence Guetté.

La candidature du tribun doit encore être validée par 150 000 parrainages citoyens mais l’issue de la récolte, comme en 2022, ne fait pas grand doute. « La seule tâche qu’on a à se donner, c’est celle qu’accomplit le mythe de Sisyphe : la pierre retombe en bas du ravin, alors on la remonte », lançait-il à ses troupes le 10 avril 2022, après avoir échoué aux portes du second tour. Le voilà de nouveau lancé sur la pente.

Lignes rouges

Seulement, son rocher n’est plus tout à fait le même. Comparativement à ses précédentes tentatives, Jean-Luc Mélenchon aborde cette élection dans une position à la fois singulière et infiniment paradoxale. D’un côté, son noyau dur semble n’avoir jamais été aussi solidifié. De l’autre, le tribun n’a jamais été autant détesté. « Son plancher est plus haut mais son plafond aussi », aime à résumer François Hollande. Le résultat d’un matraquage politique et idéologique à double tranchant.

Depuis 2022, l’ogre électoral (et moral) a envoyé valser les lignes rouges les unes après les autres, comme l’on se défoule dans un chamboule-tout. Il y eut (liste non exhaustive) le communiqué de LFI le 7 octobre 2023, évoquant « l’offensive armée (sic) de forces palestiniennes menée par le Hamas », les purges de 2024, Volodymyr Zelensky qualifié de « président de rien » ou les jeux de mots avec les noms de famille de Jeffrey Epstein et Raphaël Glucksmann. Le bruit, la fureur, la fracture, la sueur comme stratégie.

Chaque fois, combien sont ceux, au sein du reste de la gauche, qui ont cru que Mélenchon avait fait le pas de trop. Que le lider maximo s’était disqualifié pour de bon en vue d’une nouvelle aventure présidentielle, condamné à dégringoler dans les urnes comme la neige fond au soleil. « Mélenchon, c’est fini ! », jurait Carole Delga au Point début mars après les outrances à répétition de la campagne des municipales. Et pourtant, quelques semaines plus tard, LFI emportait Saint-Denis, Roubaix ou Vaulx-en-Velin.

Conflictualité assumée

Sondages après sondages, le socle de l’Insoumis paraît granitique. Presque galvanisé par les dérives du chef et sa radicalité. « Nous cherchons le clivage, la conflictualité dans le débat, revendique le député Paul Vannier. Nous assumons des méthodes discursives qui politisent par la polarisation. » Quitte à attiser le brasier. « Toute la stratégie de Mélenchon consiste à cristalliser une radicalité violente autour de lui, or comme la société est de plus en plus violente il peut accéder au second tour », se désole un ancien Premier ministre.

Des alertes dont Manuel Bompard se délecte. « Nous partons avec une base plus élargie, sourit le coordinateur national de LFI. Je note que pour la première fois nous débutons la campagne avec nos adversaires qui envisagent sérieusement notre présence au second tour. » En 2017, il n’avait manqué au tribun environ « que » 600 000 voix pour atteindre le second tour, en 2022 400 000. Cette fois serait-elle donc la bonne ? « On n’a jamais été à un an de la présidentielle à un tel niveau de mobilisation et de ferveur ! », clame Paul Vannier.

Seulement, les outrances ont leur limite. Dans les enquêtes d’opinion, la détestation de Jean-Luc Mélenchon atteint des sommets. De quoi lui promettre une défaite sèche (et humiliante) en cas de duel avec le RN, lui qui n’a cessé de théoriser l’affrontement final entre « eux » et « nous » ? « Voter Mélenchon au 1er tour, c’est voter Le Pen au second, flingue une figure socialiste. Il est sûr de perdre. »

« Sa capacité de croissance n’a jamais été aussi faible »

À moins que tout cela ne finisse dès le premier tour par pénaliser le patriarche, pris à son propre piège ? « Jean-Luc Mélenchon a incontestablement resserré son noyau dur, autour de 10 %, admet la sénatrice socialiste Laurence Rossignol qui l’a bien connu. Mais en même temps sa capacité de croissance n’a jamais été aussi faible. Ce qui fait son score en 2022, c’est le vote utile des électeurs de gauche pour dépasser Marine Le Pen et arriver au second tour face à Emmanuel Macron. Or, cette fois, les gens regarderont dès le premier tour quel est le bulletin de vote qui peut permettre de battre Bardella au second. Même les militants insoumis – pas ceux qui dirigent l’organisation – savent qu’un second tour Mélenchon/Bardella serait catastrophique. »

Qu’importe, imprégné de cette culture selon laquelle on ne s’excuse pas, et on recule encore moins, Mélenchon trace sa route. Pendant que le reste de la gauche en est réduit aux embrouilles d’écoliers et aux querelles de tuyauterie (primaire ou pas primaire, candidature unique ou pas, etc.), le bulldozer insoumis avance. Les cadres du mouvement se rassurent en espérant convaincre un (hypothétique) « quatrième bloc », constitué d’abstentionnistes, issus notamment des quartiers populaires. Experts en guerre culturelle, ils promettent une campagne spectaculaire, faite de symboles et de concepts. Comme celui de « nouvelle France », ce « chiffon rouge » qu’adore « agiter » Jean-Luc Mélenchon, destiné à cliver toujours un peu plus. « Ça agite, ça polarise et donc ça nous centralise ! », se frotte les mains un insoumis.

Avant d’adopter, dans la toute dernière ligne droite de la campagne, un visage soudainement rassembleur, comme Mélenchon sut opportunément le faire lors des présidentielles précédentes ? « Bien sûr qu’il y a des phases dans une campagne présidentielle et que dans la dernière ligne droite vous ouvrez un peu plus… », glisse un chef à plumes de LFI. Les électeurs ont la mémoire courte, certes, mais cette fois, l’art de la diversion devra être poussé au maximum.


Source:

www.lepoint.fr

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