Cette émission [1] Planisphère, Avons-nous pris la mesure de ce qu’est la criminalité organisée ? Avec C. Champeyrache, sur RCF-RND
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Synthèse de cette émission, Planisphère, Avons-nous pris la mesure de ce qu’est la criminalité organisée ? Avec C. Champeyrache. Rédigée par Emilie Bourgoin pour Diploweb.com. Revue et validée par C. Champeyrache
LA CRIMINALITE ORGANISEE occupe aujourd’hui une place centrale dans les dynamiques économiques et géopolitiques contemporaines, mais elle reste souvent mal comprise, notamment en France. À travers son analyse, Clotilde Champeyrache met en lumière les limites des représentations classiques du crime, souvent réduites au narcotrafic ou à la violence visible. Elle propose au contraire une lecture plus globale, en montrant que les organisations criminelles sont des acteurs structurés, rapidement adaptatifs et profondément imbriqués dans les sociétés et les économies légales.
Clothilde Champeyrache Clotilde Champeyrache, Économiste spécialiste de la criminalité et directrice du Pôle Sécurité – Défense – Renseignement – Criminologie – Crises – Cybermenaces au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Crédit photographique : Pierre Verluise pour Diploweb.com Verluise/Diploweb.com
Une mauvaise compréhension du phénomène criminel en France
Clotilde Champeyrache souligne d’abord une spécificité française : l’absence de reconnaissance académique forte de la criminologie. Contrairement aux pays anglo-saxons ou à certains voisins européens, la France ne dispose pas d’une discipline structurée permettant d’analyser globalement les phénomènes criminels.
Cette lacune favorise une illusion de connaissance, alimentée par les médias, les représentations culturelles ou encore les discours politiques souvent centrés sur l’émotion. En conséquence, la perception du crime est fragmentée et réactive, ce qui empêche une compréhension approfondie et stratégique du phénomène.
De façon contre-intuitive, l’absence de violence peut parfois masquer une implantation criminelle solide et durable.
La violence : un indicateur trompeur du crime organisé
Contrairement aux idées reçues, la violence visible n’est pas nécessairement un bon indicateur de la présence criminelle. Si certaines formes de violence ostensible attirent l’attention et déclenchent des réactions politiques, elles peuvent aussi traduire une faiblesse interne des organisations.
En réalité, les groupes criminels les plus structurés tendent à rationaliser la violence, voire à l’éviter, afin de ne pas attirer l’attention des autorités. La violence devient alors un outil stratégique ponctuel, notamment pour intimider des concurrents, mais elle n’est pas systématique. L’absence de violence peut ainsi masquer une implantation criminelle solide et durable.
Le contrôle des territoires : entre services et légitimation sociale
L’un des apports majeurs de l’analyse réside dans la notion de conditionnement territorial. Les organisations criminelles ne se contentent pas d’exploiter un territoire : elles cherchent à structurer les relations sociales au sein de celui-ci.
Cela passe par la fourniture de services à la population (aide logistique, soutien matériel, organisation d’événements), qui contribuent à créer une forme de légitimité. Progressivement, ces pratiques instaurent un climat de tolérance, voire de complicité, entre les habitants et les réseaux criminels.
À terme, ce contrôle peut aller jusqu’à influencer des comportements politiques, notamment à travers des consignes de vote, illustrant l’imbrication entre criminalité, société et institutions.
Une criminalité diversifiée et adaptable
Réduire la criminalité organisée au seul narcotrafic constitue une erreur d’analyse. Si ce dernier est particulièrement visible et lucratif, les organisations criminelles développent en réalité une multiplicité d’activités : trafics variés (armes, contrefaçon, espèces protégées de faune et de flore,…), extorsion, fraude, pillage de ressources, recel ou encore atteintes à l’ordre public.
Ces organisations sont également caractérisées par leur grande capacité d’adaptation. Elles ajustent leurs stratégies en fonction des législations, exploitent les failles des systèmes économiques et coopèrent entre elles à l’échelle internationale. Cette flexibilité leur permet de se redéployer rapidement lorsqu’une activité est fragilisée.
Il faut dépasser une vision simpliste opposant légal et illégal.
L’imbrication entre économie légale et illégale
Clotilde Champeyrache insiste sur un point fondamental : la frontière entre économie légale et illégale est largement artificielle. Les organisations criminelles s’appuient sur des infrastructures légales (ports, entreprises, services) et bénéficient parfois de complicités au sein même des institutions.
La corruption joue ici un rôle central, définie comme une atteinte au bien commun. Elle n’est pas marginale ni propre à certains pays, mais constitue un risque structurel présent dans toutes les sociétés. Cette imbrication rend la lutte contre le crime particulièrement complexe, car elle nécessite de dépasser une vision simpliste opposant légal et illégal.
Vers une évolution de la réponse institutionnelle
Face à ces constats, certaines évolutions récentes témoignent d’un changement de perspective. La création d’un parquet national contre la criminalité organisée marque un déplacement du regard, passant d’une approche centrée sur les marchés (comme le narcotrafic) à une approche centrée sur les acteurs et les organisations.
De même, des outils comme le statut de collaborateur de justice ou le délit d’association criminelle permettent de mieux appréhender les structures globales du crime. L’objectif est désormais de désorganiser les réseaux dans leur ensemble, plutôt que de se limiter à des infractions isolées.
Encore plus
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Conclusion
L’analyse de Clotilde Champeyrache met en évidence la nécessité de repenser en profondeur notre compréhension de la criminalité organisée. Loin d’être un phénomène marginal ou uniquement violent, elle constitue un système complexe, adaptable et profondément intégré aux dynamiques économiques et sociales.
Pour en savoir plus :
En matière de criminalité organisée, la diffusion des savoirs et la formation apparaissent essentielles. Voici des ressources :
. Clotilde Champeyrache a publié deux ouvrages qui permettent de mieux comprendre les logiques d’expansion et d’intégration du crime dans nos sociétés contemporaines : « Géopolitique des mafias. Entre expansion économique et conquête territoriale », (éd. Le cavalier bleu) ; et « La face cachée de l’économie : néolibéralisme et criminalités » (PUF).
. Jean-François Gayraud, François Farcy, « Le renseignement criminel » (éd. Biblis)
. Formation au CNAM, Master Economie Gestion Droit mention Crimologie.
Ce Master Économie, Gestion, Droit, mention Criminologie du CNAM, dirigé par Clotilde Champeyrache, s’inscrit précisément dans cette logique de la diffusion des savoirs et de formation. Unique en France, il propose une approche multidisciplinaire des enjeux liés au crime organisé, au terrorisme et à la sécurité. Il s’adresse aussi bien à des étudiants qu’à des professionnels (police, gendarmerie, magistrature), favorisant ainsi un enrichissement mutuel des expériences et des perspectives.
. Sur Diploweb.com, Dossier géopolitique Crimes et criminalités
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