[Cet article est extrait de notre numéro d’été, “L’Appel du calme” (Courrier international no 1864), en vente chez vos marchands de journaux jusqu’au 12 août.]
Sachez qu’il existe un “laboratoire de l’ennui” et que ses travaux sont tout sauf barbants. James Danckert fait partie de cette équipe de chercheurs de l’université York, à Toronto, qui s’intéresse aux vertus réelles et supposées de l’oisiveté subie. Interrogé par l’hebdomadaire scientifique Nautilus, ce spécialiste des neurosciences tempère quelque peu l’enthousiasme avec lequel on nous met parfois au défi d’essayer de ne rien faire du tout au motif que cela pourrait être bénéfique à notre cerveau.
Pour James Danckert, “l’ennui s’apparente davantage à un sentiment de faim que de plénitude”, donc “se l’imposer pendant des heures n’a pas de vertus réparatrices en soi”. Et c’est même tout à fait absurde, quand on y songe : “Le but de l’ennui passager est que celui-ci disparaisse. L’ennui aspire à ne pas exister, n’est-ce pas ? Alors, s’abandonner à l’ennui et se dire : ‘Tiens, je vais essayer de ne rien faire pendant ces douze heures de vol’, c’est juste de l’esbroufe. Et c’est se tromper complètement sur ce que l’ennui essaie de nous dire, à savoir nous inciter à trouver une activité enrichissante !”
“Utile à petite dose”
En réalité, explique le scientifique à Nautilus, ce qui se cache vraiment derrière cette tendance n’est pas une quête d’ennui mais une soif de déconnexion. Rien ne sert de se morfondre : ce qu’il faudrait, c’est “se la couler douce, ou tout simplement se détendre, pour l’amour du ciel !” Le mieux est donc de choisir une activité qui nous permette d’arriver à cette fin, telle que la lecture ou une promenade en forêt. Mais, tranche James Danckert, “s’ennuyer comme un rat mort n’est pas la solution, c’est une idée fondamentalement stupide”.
La journaliste indonésienne Anisa Purbasari Horton, établie en Australie, se montre moins catégorique. Dans le magazine américain Fast Company, elle raconte avoir pris conscience de l’absence totale de moments d’ennui dans son quotidien. Bien qu’elle ait déjà fait d’importants efforts pour limiter son temps de scrolling − en le remplaçant par “un temps de lecture consacré le matin à un essai théorique, et le soir à un livre de fiction” −, l’autrice a constaté son incapacité à rester inactive “en faisant la queue, dans les transports en commun ou pendant [ses] séances de sport”.
Alors que chaque seconde d’ennui était remplie par un épisode de podcast ou un petit tour sur les réseaux sociaux, elle s’est aperçue que “trouver des idées d’articles était devenu une véritable corvée”. Mais après s’être appliquée à “laisser son esprit vagabonder” pendant les temps d’attente, la journaliste a vu des “résultats immédiats” : son cerveau s’est mis à formuler des questions, qu’elle a ensuite transformées en idées.
Cet ennui, en vérité, “est utile à petite dose”, expliquent les chercheurs en neurosciences Daniel Hermens et Michelle Kennedy dans The Conversation. S’il ne faut pas en abuser, cela peut tout de même être un bon contrepoint à la “stimulation permanente” de notre cerveau.
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