Le chef d’entrepise avait construit en cinquante ans le leader européen de la résidence de tourisme, avant d’abandonner le contrôle de son groupe en difficulté en 2022.
Le fondateur du groupe touristique français Pierre & Vacances, Gérard Brémond, est mort à l’âge de 88 ans, a annoncé jeudi le groupe dans un communiqué reçu par l’AFP.
Gérard Brémond a construit en cinquante ans le leader européen de la résidence de tourisme Pierre et Vacances. Le chef d’entreprise a imaginé un modèle nouveau de résidences où des particuliers achètent à prix réduits des appartements confiés ensuite en location à son groupe, en réservant à ces propriétaires un droit de séjour.
Station révolutionnaire
L’histoire entreprenariale commence dans les années 1960. Un diplôme de sciences économiques en poche, Gérard Brémond se voit alors confier, à l’âge de 27 ans, par son père Robert Brémond promoteur immobilier, le projet de station de montagne voulu par le champion olympique de ski Jean Vuarnet qui deviendra Avoriaz, dans les Alpes françaises.
Avec le champion olympique et une équipe d’architectes, le trentenaire conçoit une station révolutionnaire: entièrement piétonne, intégrée au paysage grâce à une architecture en bois inspirée des falaises environnantes, et pensée pour permettre aux vacanciers de rejoindre directement les pistes à ski depuis leur logement.
Au-delà de son urbanisme novateur, Avoriaz devient rapidement une vitrine internationale. Gérard Brémond y crée en 1973 le Festival international du film fantastique d’Avoriaz, qui attire les plus grands réalisateurs et contribue à faire connaître la station bien au-delà des amateurs de sports d’hiver.
La chance de sa vie
« On reproche à Gérard Brémond de bétonner mais avec Avoriaz, il a eu cette vision avant tout le monde de station sans voiture, du ‘tout sur place’, tout en ayant la possibilité de vivre le séjour comme on l’entend », soulignait en 2021 Didier Arino, directeur du cabinet spécialisé Protourisme, à l’AFP.
Gérard Brémond en parlait comme de « la chance de (sa) vie », survenue dans les années 60: « j’ai fait Avoriaz, et Avoriaz m’a fait. C’est devenu l’acte fondateur d’un groupe dont je n’aurais jamais imaginé qu’il prendrait une telle dimension ».
« Gérard Brémond est un grand entrepreneur qui a révolutionné le marché du tourisme en inventant de nouvelles techniques de financement et de propriété », confiait également en 2021 à l’AFP François Hollande, qui le connaissait bien. « Il a su réanimer des lieux, aussi bien en montagne que dans l’espace rural », ajoute l’ancien président de la République.
Un manque de réalisme ?
Avec Pierre et Vacances, Gérard Brémond a donc inventé le concept de la « nouvelle propriété ». Un concept qu’il applique « à la mer et à la montagne », en rachetant des terrains aux Ménuires, à Val d’Isère, Juan-les-Pins et Sainte-Maxime.
Interrogés en 2021, ses pairs saluaient son caractère visionnaire. Gérard Brémond « est un formidable créateur, entrepreneur hors normes avec une vision rare », estimait Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du monde. « C’est un créateur et un véritable entrepreneur », renchérissait auprès de l’AFP Jacques Maillot, fondateur de Nouvelles frontières.
Pour Didier Arino, « il fait partie des rares grands personnages du tourisme français » et « c’est avant tout un visionnaire (…), il a senti ‘les coups’ comme le rachat de Center Parcs », en 2003. « Sa vraie passion, c’est l’immobilier, pas le tourisme qui n’est qu’un outil. De ce point de vue, on peut dire que c’est un véritable constructeur de projets innovants », relève Jean-François Rial.
L’homme qui avait la réputation de « décider de tout » était « davantage un promoteur qu’un exploitant », estimait en 2021 Didier Arino. Et c’est là que le bât blesse.
« Il ne s’intéresse pas à la partie opérationnelle d’exploitation », confirme Yann Caillère, « une fois que le projet est réalisé, le reste n’est pas son problème. Ce qui fait qu’il y a un manque de réalisme », « il n’a pas compris que son monde avait changé », estime-t-il.
Une triste sortie du groupe
Le « visionnaire » n’a « pas senti le virage », « ce que le promoteur gagne, l’exploitant le perd », estime aussi Didier Arino. « Dans cette phase pas facile pour lui, ce qui est remarquable et digne, c’est que son seul souci est celui de l’avenir du groupe », confiait à l’AFP l’actuel directeur général Franck Gervais.
Car en 2022, à 84 ans, Gérard Brémond avait été contraint d’abandonner le contrôle de son groupe, repris par un trio d’investisseurs composé d’Alcentra, Fidera et Atream. Pierre & Vacances, avait un besoin urgent de capitaux frais après avoir accumulé 677 millions d’euros de pertes sur ses deux derniers exercices, la pandémie de Covid-19 ayant fait grimper sa dette brute à 1,1 milliard d’euros.
Ce lundi 22 juin, Pierre & Vacances-Center Parcs a reçu une offre ferme de rachat de la part de la société d’investissement émiratie Mubadala Capital, avec à la clé une valorisation à un milliard d’euros environ et une probable sortie de Bourse. L’offre a reçu le soutien du conseil d’administration et des trois principaux actionnaires, qui détiennent 58,6% du capital.
Source:
www.bfmtv.com



