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A-t-on trop parlé de justice fiscale dans le pays ? Un peu, c’est visiblement déjà trop pour une droite bien décidée à siffler la fin de la récré en ciblant les musulmans. Elle le fait avec un pavé de 108 pages, exposé en exclusivité dans le Figaro, intitulé L’islamisme : obstacle à notre cohésion nationale ?
Il s’appuie notamment sur les travaux de l’anthropologue Florence Bergeaud-Blacker, chercheuse extrêmement contestée dans les milieux universitaires, et sur le rapport non moins contesté « Frères musulmans et islamisme politique en France » publié par le ministère de l’Intérieur en mai dernier.
Ce document sénatorial suintant l’islamophobie – pas encore public mais que l’Humanité a pu consulter – émet notamment 17 propositions pour un « réarmement républicain global face à l’offensive islamiste ». « Ce rapport est un concentré des obsessions de l’extrême droite reprise à son compte par la droite ex — “républicaine” », dénonce le sénateur communiste Ian Brossat. Il est marqué d’un bout à l’autre par l’équation islam = islamisme = terrorisme. »
« Qui peut penser que l’émancipation passe par là ? »
Parmi les propositions se trouvent des mesures plutôt consensuelles, comme celles visant à se prémunir des ingérences étrangères, ou des idées cosmétiques telle une révision constitutionnelle « visant à garantir la prééminence des lois de la République ». Les « Républicains » (LR) exigent aussi une « obligation de neutralité des élus dans l’exercice de leur mandat et l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires ». Mais rien n’est mentionné sur les crèches que nombre de maires de droite installent dans leur mairie au moment de Noël, ce qui contrevient à la laïcité.
Les sondages ont la vie dure, surtout quand ils multiplient les amalgames et stigmatisent. Celui commandé par le ministère de l’Enseignement supérieur sur le rapport à l’antisémitisme chez le personnel enseignant a suscité la colère des syndicats et le rejet des présidences d’université. Premier problème : n’importe qui disposant d’un lien peut répondre aux questions. Mais le souci majeur vient de l’orientation des questions et du manque d’anonymat. Le participant doit par exemple donner son code postal, son âge, son genre, sa proximité avec un parti politique ou encore son appartenance religieuse. Pour le Syndicat national de l’enseignement supérieur, ce questionnaire pèche notamment par « l’illégalité du questionnement des agent·es de la fonction publique par leur autorité de tutelle sur leurs convictions politiques et religieuses ».
En revanche, sous couvert de « protection de l’enfance et des femmes », la droite sénatoriale s’applique à stigmatiser davantage les croyants musulmans en allant jusqu’à proposer d’entraver la pratique de leur foi. Elle souhaite notamment l’interdiction du ramadan avant 16 ans et le bannissement du port du voile pour les mères accompagnatrices de sorties scolaires. « Chez moi, dans le 18e arrondissement de Paris, cela voudrait dire que, dans un certain nombre d’écoles, il n’y aura plus de sorties scolaires. La belle affaire ! recadre Ian Brossat. Cela revient à priver des gamins de sorties, de les empêcher de s’ouvrir à d’autres horizons. Qui peut penser que l’émancipation passe par là ? »
LR veut aussi (et surtout) interdire aux jeunes femmes de moins de 16 ans de se voiler, y compris en dehors de l’école, où c’est déjà interdit. Le président des députés de droite, Laurent Wauquiez, va même plus loin en déposant une proposition de loi (PPL) pour l’interdire purement et simplement aux mineures. « C’est uniquement son islamophobie qui parle. Maintenant, ça suffit de s’en prendre sans cesse aux musulmans, et notamment aux musulmanes de ce pays », attaque Mathilde Panot, cheffe de file des députés insoumis.
La question de la constitutionnalité d’une telle mesure, d’ailleurs soutenue par la ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, se poserait alors. « Elle n’a aucune chance d’être conforme », estime la constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina, car la PPL Wauquiez contreviendrait « au principe de liberté de religion ».
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