Au canon depuis un Rafale, à la roquette, avec un drone intercepteur ou avec un missile Hellfire à 1.000 euros.. La France apprend à lutter contre les drones low-cost sans se ruiner

Ces dernières semaines, l’armée française a annoncé plusieurs adaptations dans ses capacités de lutte anti-drone, notamment avec le retour d’expérience de son engagement au Moyen-Orient face aux engins iraniens.

Face aux drones iraniens low cost qui ont saturé le ciel du Moyen-Orient ces dernières semaines, l’armée française cherche à s’adapter au plus vite. Le symbole de la limite tricolore réside dans le Shahed, ce drone iranien de quelques milliers de dollars qui, au regard de son coût, a fortement sollicité les défenses aériennes du Moyen-Orient.

En face, la France a été amenée à réagir, avec ses bases permanentes dans la région et ses accords de défense noués avec certaines monarchies du Golfe. Sans apporter de chiffres précis, le ministère des Armées n’a que laconiquement indiqué avoir « intercepté et détruit des drones en position de légitime défense ». En plus de ce dispositif, des renforts y ont été déployés pour faire face à la menace iranienne. Il s’agit notamment de Rafale et d’hélicoptères Tigre, pour s’en prendre aux drones lancés par l’Iran.

Le Tigre « a réussi ses premiers tirs dans le Golfe »

Une grande première pour cet appareil. Des hélicoptères Tigre ont abattu des drones Shahed iraniens grâce à leur canon de 30 millimètres. L’emploi de cette arme est désormais « recommandé aux armées » par la Direction Générale de l’Armement (DGA) « comme moyen économique de lutte anti-drones ».

Auditionné par la commission de défense de l’Assemblée nationale, le général Fabien Mandon, chef d’état-major des Armées, a confirmé que ces hélicoptères « ont réussi leurs premiers tirs dans le Golfe », sans préciser le nombre de cibles abattues.

« Ils ont été mis en place il y a un peu plus d’une semaine, grâce à un travail d’équipe très rapide. En moins d’une semaine, on a réussi à trouver des solutions pour déployer les Tigre et, une semaine après, ils abattent des drones, ce qui n’avait jamais été fait », se félicitait-il alors.

Cette nouvelle mission du Tigre a notamment été rendu possible par la rapide intégration de « la capacité Liaison 16 » qui permet « d’échanger des données tactiques » et d’intégrer l’appareil dans la bulle opérationnel, selon la DGA. Cela écarte aussi le « risque majeur de tir fratricide » dans le ciel du Moyen-Orient, selon le délégué général pour l’Armement Patrick Pailloux. Cette nouvelle corde à l’arc de l’hélicoptère français a été « intégrée en moins de trois semaines, contre 12 à 18 mois selon un process industriel classique ».

D’autres améliorations sur l’hélicoptère Tigre pour « augmenter ses capacités d’interception » pourraient encore intervenir: l’intégration du missile air-air Mistral 3 sur cet appareil a été « testée avec succès » par la DGA.

« Nous accélérons l’intégration de roquettes laser sur le Tigre, même si le but est d’utiliser son canon, qui est très puissant », a aussi annoncé le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Pierre Schill, au Point.

Sur ce projet, la DGA assure que « les travaux industriels de développement d’une version anti-drone de la roquette guidée laser ont été lancés » avec pour objectif « des premiers tirs d’essais en vol d’ici fin juin pour un déploiement rapide dans les forces ».

« Descendre un Shahed au canon et non plus avec des missiles »

Cette roquette pourra être tirée depuis un hélicoptère Tigre mais aussi « pour des applications sous Rafale », précise-t-on au ministère des Armées. Des avions de chasse français sont déployés au Moyen-Orient, dans le cadre d’accords de défense.

Pourquoi les pays du Golfe appellent-ils l’Ukraine à l’aide face aux drones iraniens?

L’objectif du développement de ces roquettes: ne plus être dépendant des missiles Mica, d’une valeur comprise entre 600.000 et 700.000 euros, pour abattre des cibles bien moins chères. En face, le drone Shahed, massivement utilisé par Téhéran, ne coûte qu’entre 20.000 et 30.000 euros. Le délégué général à l’armement, Patrick Pailloux, admet que le Mica « fonctionne très bien ».

« Mais au prix de ces missiles et au regard des dizaines de milliers d’euros que coûte un Shahed, vous vous rendez compte que ce n’est pas la mécanique la plus rentable à long terme », expliquait-t-il devant la Commission de défense à l’Assemblée nationale mi-avril.

Raison pour laquelle « la conduite de tir du Rafale a été modifiée pour descendre un Shahed au canon et non plus avec des missiles ».

Pour y parvenir, l’appareil doit « s’approcher » de sa cible, ce qui n’est pas le cas lorsque le Rafale utilise un Mica. « On a très rapidement passé un contrat et fait faire modifier par Dassault la conduite de tir », a poursuivi le délégué général à l’Armement devant les députés.

Des ingénieurs envoyés « d’urgence » en opérations extérieures

La France souhaite aussi aller plus vite et plus loin dans le développement de drones intercepteurs. Le Centre expert Référent de la lutte anti-drone (CeRLAD) doit « évaluer des systèmes (…) proposés par plusieurs industriels, notamment français ». Selon nos confrères de La Lettre, trois types d’intercepteurs français de drones ont été déployés au Moyen-Orient. Il s’agit d’appareils d’Alta Ares, d’Harmattan AI et de Destinus.

« Des modèles semblent efficaces, contrairement à certains qui nécessitent un pilotage trop complexe », a évoqué laconiquement fin mars le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Pierre Schill.

« On sera capable de doter dans quelques jours les armées de solutions », a avancé pour sa part Patrick Pailloux deux semaines plus tard.

Autre innovation, l’armée française a annoncé début avril avoir réussi pour la première fois un tir contre des cibles aériennes depuis un drone Reaper avec un missile Hellfire. Celui-ci, initialement prévu pour frapper des cibles au sol, coûte une centaine de milliers d’euros l’unité, un coût bien moindre par rapport aux missiles Mica et ses 600.000 euros. Une adaptation réalisée « seulement trois mois après la mise en service du Hellfire sur Reaper », s’est alors félicité le ministère des Armées. Ces « solutions innovantes » vantées par la DGA sont aussi le fruit de « la projection dans l’urgence des ingénieurs de l’armement en renfort des forces françaises en opérations extérieures ».

Si la DGA se vante d' »accélérer pour une lutte anti-drone adaptée et éprouvée », les constats du conflit au Moyen-Orient en la matière sont les mêmes que celui en Ukraine.

Voilà plus de quatre ans que Kiev subit des attaques quotidiennes de drones low-cost, similaires à ceux employés par Téhéran, sur ses infrastructures civiles et énergétiques. À la différence près entre ces deux conflits que la France est liée aux pays du Golfe par des accords de défense. Ces dernières années, la France en a signé avec le Koweït, le Qatar et les Émirats arabes unis, trois pays sous le feu iranien, l’obligeant alors à participer à leurs efforts de défense a contrario du théâtre ukrainien. Une raison qui amène sûrement l’armée française a accéléré les innovations en matière de lutte anti-drone.


Source:

www.bfmtv.com

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