Si l’Autorité de régulation des transports (ART) souligne la nécessité de l’ouverture du marché dans le ferroviaire pour le bénéfice du consommateur, pour les cars longues distances, la future situation monopolistique de Flixbus ne semble pas lui poser de problème. Un avis contestée par une experte du secteur.
Si les cars longues distances, dits cars Macron, sont un succès en termes de fréquentation depuis leur lancement en 2015, la rentabilité est compliquée à atteindre malgré une hausse continue des revenus. De quoi pousser un des deux acteurs présents à jeter l’éponge. En avril dernier, BlaBlaCar a annoncé sa volonté d’arrêter en 2027 son service de transports en autocar, BlaBlaCar Bus. Pourtant, la libéralisation du transport longue distance par autocar était bel et bien censée stimuler la concurrence.
« Ce projet de cessation d’activité répond aux difficultés économiques structurelles que connait BlaBlaCar sur cette activité », a indiqué la plateforme de covoiturage dans un communiqué. De quoi laisser son concurrent direct Flixbus seul sur ce marché qui a fait voyager 112 millions de personnes depuis sa création et 17 millions l’an passé (+4%), ce qui représente 9% du transport terrestre à longue distance.
Ce retour à une situation monopolistique inquiète. « Certains acteurs ont qualifié cette situation de monopole potentiel d’échec de l’ouverture du secteur, tandis que d’autres se sont interrogés sur les risques de hausse des prix et de rationalisation de l’offre, ainsi que sur les impacts potentiels de ce projet sur l’accessibilité des transports et l’aménagement du territoire », résume ainsi l’ART, le régulateur des transports dans son dernier rapport sur le secteur publié en juin dernier.
Mais pour l’Autorité, il n’y a pas lieu de s’inquiéter de cette future absence de concurrence sur ce marché. « Plusieurs caractéristiques du marché viennent limiter le pouvoir de marché de l’opérateur dominant ou en situation monopolistique », estime l’ART.
Des caractéristiques qui « limitent le pouvoir de l’opérateur en situation monopolistique »
« Premièrement, les autocars restent soumis à une concurrence intermodale. Cette concurrence s’exerce d’abord avec le train: 42% des liaisons d’autocars sont proposées en parallèle avec une offre ferroviaire, sur lesquelles près de 9 passagers sur 10 voyagent. Elle s’exerce également avec le covoiturage, dont les caractéristiques le rendent fortement substituable à l’autocar longue distance, ainsi qu’avec la voiture individuelle. Dans ces conditions, une hausse excessive des prix ou une dégradation de l’offre pourrait conduire une partie des voyageurs à se reporter vers d’autres modes de transport, d’autant que l’attractivité des autocars repose en grande partie sur des prix compétitifs et un maillage territorial dense », estime l’ART.
« Deuxièmement, le marché des autocars longue distance demeure contestable. En effet, l’ouverture d’une liaison présente un risque relativement limité: les principaux actifs mobilisés, à savoir les véhicules, sont mobiles et peuvent être revendus ou redéployés sur d’autres marchés. Cette structure limite les barrières à l’entrée et rend possible l’arrivée d’un nouvel opérateur ou le développement des opérateurs (minoritaires) existants. Cette possibilité est elle-même de nature à exercer une pression concurrentielle: si FlixBus maintenait durablement des prix élevés ou une offre dégradée, il créerait les conditions économiques favorables à l’apparition d’un nouvel acteur », poursuit l’Autorité.
Des risques de hausses de prix et de réduction de l’offre et de la qualité pour une experte
Le régulateur souligne néanmoins qu’il « poursuivra l’évolution des prix et de l’offre afin de s’assurer que l’opérateur dominant n’exploite pas un éventuel pouvoir de marché pour pratiquer des prix excessifs ou dégrader la qualité de service ».
Camille Leroy-Simon, Manager au sein du cabinet Colombus Consulting, experte Transports & Mobilités, conteste l’analyse de l’ART. Une situation monopolistique sur ce marché pose bien « plusieurs risques pour l’avenir des liaisons longue distance et pourrait impacter les usagers qui les empruntaient régulièrement », explique-t-elle auprès de BFM Business.
« Si l’ART indique que des garde-fous existent, il en reste que le retrait de Blablabus pourrait induire une hausse des tarifs faute de concurrence (il reste de la marge entre les prix moyens d’un billet de train longue distance et ceux d’un billet d’autocar), qui, même si mineure, pourrait impacter largement la clientèle habituée à ce mode de transport qui est très sensible aux variations de prix, un recul des lignes secondaires jugées non ou moins rentables, et une dégradation du maillage rural et péri-urbain », poursuit-elle.
« Enfin, si l’ouverture à la concurrence entraîne souvent une hausse de la qualité de service pour les usagers, une situation de quasi-monopole peut à l’inverse induire une baisse de la qualité de service, faute de concurrence. Un report modal sur le véhicule personnel ou le covoiturage, plus impactants pour l’environnement, pourrait être noté si une hausse des prix et/ou une fermeture de lignes se produisent, alors que le coût/avantage voiture personnelle ou covoiturage versus transport collectif est déjà tendu », souligne Camille Leroy-Simon.
Dans le ferroviaire, l’ART juge la concurrence indispensable
Plus globalement, la spécialiste estime que « le retrait de Blablabus envoie un message clair et traduit une réalité financière à laquelle font face les autres acteurs du secteur: le modèle économique du car longue distance souffre d’une contradiction structurelle. Les prix doivent rester bas pour compenser le temps de trajet rallongé et un confort moins important que d’autres moyens de transport, afin de continuer à attirer sa clientèle (souvent jeune et/ou sensible au budget), alors même que les coûts d’exploitation (notamment du carburant) sont en hausse ».
L’analyse de l’ART se vérifiera dans les fais quand le retrait de BlaBlaCar sera effectif l’an prochain. Mais son approche pourra surprendre. L’ART souligne en effet régulièrement les effets bénéfiques de la concurrence pour les consommateurs dans le ferroviaire (ouverture dans les TGV et les trains régionaux).
« Les voyageurs sont les premiers bénéficiaires de l’ouverture du marché. Les résultats d’ores et déjà observés font apparaître une augmentation de l’offre, une amélioration de la qualité de service et une pression concurrentielle favorable à la maîtrise des prix », peut-on lire dans son étude sur l’ouverture à la concurrence des services de transport ferrovaire de voyageurs…
Source:
www.bfmtv.com



